Imaginez un pilote de ligne.

Avant même le décollage, il analyse la météo, étudie son plan de vol, vérifie les paramètres techniques, anticipe les zones de turbulence.

En vol, il ajuste la trajectoire, prend des décisions en fonction des imprévus, coordonne avec la tour de contrôle, sécurise l’appareil et ses passagers.

À l’atterrissage, il évalue les conditions, adapte sa manœuvre, puis débriefe.

Maintenant, imaginez que pour sa VAE, il décrive son travail ainsi :

« J’ai actionné les commandes de montée, réalisé le vol puis posé l’appareil.

Tout s’est bien passé. »

Serait-ce suffisant pour conclure qu’il sait piloter ?

Évidemment non.

Ce qui prouve sa compétence, ce n’est pas un geste isolé.

C’est sa capacité à analyser, décider, ajuster, coordonner et assumer la responsabilité globale du vol.

C’est une suite d’actions qu’il va décrire,

Une analyse qu’il va apporter,

Des process qu’il va décrypter,

Ainsi que des connaissances et concepts sur lesquels il va appuyer ses propos.

Pour votre VAE, c’est exactement la même chose.

Le jury n’est pas présent dans votre environnement professionnel.

Il ne connaît ni votre structure, ni votre équipe, ni vos contraintes.

Il ne peut évaluer que ce que vous lui montrez dans votre livret 2… et lors de l’oral.

Si vous vous contentez de décrire une partie du “pilotage” comme une tâche exécutée, une action ponctuelle, une participation à un projet, le jury ne peut pas conclure que vous maîtrisez la compétence dans son ensemble.

Il ne suffit pas d’avoir travaillé.

Il faut démontrer que vous étiez aux commandes.

On va donc voir ce sujet ensemble plus en détail.


Dans de nombreux livrets 2, on retrouve des formulations telles que :

« J’ai participé à… »

« J’ai contribué à… »

« Nous avons mis en place… »

« L’équipe a décidé… »

Ces phrases ne sont pas fausses.

Elles décrivent une réalité professionnelle.

Mais elles posent un problème majeur en VAE : elles diluent votre responsabilité.

Or, le jury n’évalue pas une équipe.

Il vous évalue vous.

Reprenons l’analogie du pilote.

Si un copilote explique qu’il était présent dans le cockpit, qu’il a suivi les consignes et participé aux échanges radio, cela ne suffit pas à démontrer qu’il sait piloter un vol de manière autonome.

Ce qui atteste de la compétence, c’est la capacité à :

  • analyser une situation,
  • prendre des décisions,
  • arbitrer entre plusieurs options,
  • assumer les conséquences,
  • ajuster en fonction des imprévus.

Dans le cadre d’une VAE, une tâche exécutée ne démontre pas une compétence maîtrisée.

Une compétence se démontre dans la globalité du processus.

Participer à un projet ne signifie pas le piloter.

Être impliqué ne signifie pas être responsable.

Être présent ne signifie pas être aux commandes.

C’est là que beaucoup de candidats se fragilisent sans s’en rendre compte : ils racontent ce qu’ils ont fait, mais ils ne montrent pas comment ils ont pensé, décidé et assumé.


Un jury de VAE n’a pas accès à votre environnement professionnel.

Il ne voit ni votre bureau, ni vos collègues, ni les contraintes du terrain.

Il n’a qu’un seul support : votre livret.

C’est exactement comme un examinateur qui devrait évaluer un pilote sans jamais être monté dans l’avion avec lui.

Il ne peut juger qu’à partir du récit structuré du vol, et la documentation associée à ce récit pour illustrer certains points.

Pour conclure que vous maîtrisez une compétence, le jury doit pouvoir suivre une trajectoire complète.

Pas un geste isolé.

Pas une intervention ponctuelle.

L’enchaînement cohérent que vous devez vous attacher à décrire.

Pour l’exemple de notre pilote, cela prendrait plusieurs formes et différentes parties dans son écrit :

1 – L’analyse des conditions météorologiques avant le décollage.

2 – Le décollage, la gestion de la trajectoire et la gestion des zones de turbulence.

3 – Les décisions prises lorsque les paramètres ont évolué en vol

4 –  Le plan de vol retenu en fonction des contraintes

5 – La sécurisation de l’atterrissage et l’analyse des écarts éventuels

6 – Un bilan de ce vol

7 – Une conclusion et un point sur les compétences mobilisées.

C’est cette vision d’ensemble qui permet d’affirmer :

Oui, cette personne sait piloter.

En VAE, c’est identique.

Le jury doit pouvoir comprendre :

dans quel contexte vous êtes intervenu,

ce que vous avez identifié comme enjeu ou difficulté,

les options que vous avez envisagées,

les décisions que vous avez prises,

la manière dont vous avez conduit l’action

les résultats obtenus,

et le recul que vous en avez tiré.


C’est votre capacité à relier analyse, décision, action et évaluation dans une continuité logique.

Un pilote ne prouve pas sa compétence en décrivant un bouton.

Il la prouve en montrant qu’il maîtrise l’ensemble du vol.

De la même manière, vous ne démontrez pas votre compétence en décrivant une tâche.

Vous la démontrez en exposant la cohérence de votre intervention, du point de départ jusqu’aux ajustements finaux.

Et c’est précisément cette vision globale qui distingue un professionnel aux commandes… d’un simple passager.


Lorsque le livret 2 reste descriptif, le jury peut avoir l’impression que vous étiez à bord… mais pas aux commandes.

Vous expliquez le contexte.

Vous décrivez l’organisation.

Vous parlez du collectif.

Mais si votre rôle décisionnel n’est pas clairement visible, le jury ne peut pas conclure que vous maîtrisez la compétence attendue.

Et il ne s’agit pas d’un manque de bienveillance.

C’est une question de méthode d’évaluation.

Le jury ne valide pas une impression.

Il valide des éléments démontrés.

On ne valide pas un passager.

On valide un professionnel capable de tenir le manche.


Dans le cadre de votre VAE, le jury ne devine rien.

Il ne complète pas les blancs.

Il n’interprète pas ce que vous auriez pu faire.

Il n’imagine pas votre niveau de responsabilité.

Il évalue ce qui est écrit.

Point final.

Si vous décrivez une partie du vol, il n’évaluera qu’une partie.

Traduction pour vous : validation partielle.

Si vous exposez une tâche, il évaluera une tâche.

Si vous diluez votre rôle dans le collectif, il ne verra pas votre pilotage.

Traduction : refus de validation.

Ce n’est ni sévère, ni injuste.

C’est simplement la règle du jeu.

La VAE est une démarche exigeante parce qu’elle vous oblige à assumer votre posture professionnelle.

À sortir du “nous”.

À sortir du flou.

À sortir aussi de la modestie excessive.

Elle vous oblige à dire et à assumer :

Voilà ce que j’ai analysé.

Voilà ce que j’ai décidé.

Voilà ce que j’ai piloté.

Voilà ce que cela a produit.

Voilà aussi ce que j’aurais fait différemment aujourd’hui.

Voilà mes erreurs, voilà mes victoires.

Voilà ce que cela dit de moi en matière de compétences, de posture, de valeurs…

Voilà mon histoire.

Un jury ne valide pas une impression.

Il valide une démonstration.

Alors, lorsque vous choisissez une activité, un projet ou une situation de travail pour votre livret 2, posez-vous une seule question :

Est-ce que, en me lisant, on me voit réellement aux commandes ?

Si la réponse est hésitante, retravaillez.

Si la réponse est claire, vous êtes sur la bonne trajectoire.

En VAE, ce n’est pas votre expérience qui fait la différence.

C’est la manière dont vous la pilotez… et dont vous la rendez visible.

J’espère que c’est plus clair pour vous.

Tous mes vœux de succès.

Alexandra

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