Rédiger un Livret 2 n’est pas un exercice scolaire.
Ce n’est pas non plus un simple récit d’expérience.

C’est un exercice d’explicitation professionnelle.

Et c’est précisément là que beaucoup de candidats se trompent.

Ils racontent.
Ils décrivent.
Ils énumèrent.

Mais ils n’écrivent pas pour être évalués.

Or, un jury de VAE ne lit pas pour découvrir votre parcours.
Il lit pour mesurer vos compétences.

Écrire un Livret 2, c’est accepter de se rendre visible.

C’est accepter d’exposer ses choix, ses décisions, son raisonnement.

C’est accepter d’utiliser le “je” sans se cacher derrière une équipe ou derrière un “nous” impersonnel.

Et c’est souvent inconfortable.

Pourtant, c’est la première règle.

Et si vous préférez écouter une versio audio, vous pouvez consulter cet épisode sur Youtube, où j’entre davantage dans le détail pour chaque partie évoquée :


Dans un dossier de VAE (livret 2), vous devez utiliser le “je”.

Pas par ego.
Mais parce que le jury doit vous voir en action.

Lorsque vous utilisez le “nous” sans le qualifier, vous diluez votre responsabilité dans celle d’un collectif.

Vous devenez flou. On ne sait plus qui a décidé, qui a analysé, qui a agi.

Or un jury ne peut évaluer que ce qu’il identifie clairement.

Cela ne signifie pas que votre équipe disparaît de votre écrit.

Elle existe, elle fait partie de votre environnement professionnel, et il est légitime d’en parler.

Mais lorsque vous l’évoquez, vous devez rapidement revenir à votre propre action.

Si l’on ne vous voit pas décider, analyser, arbitrer ou ajuster, on ne peut pas vous évaluer.
Et si l’on ne peut pas vous évaluer, on ne peut pas valider votre diplôme.

Le livret 2 est un exercice d’incarnation professionnelle.


On me pose souvent la question : faut-il écrire au passé ou au présent ?

La vérité est simple : les deux sont possibles.

Le passé convient naturellement lorsque vous relatez une situation achevée.

Le présent peut être pertinent si vous replongez le lecteur dans les différentes étapes d’un projet, en donnant une impression d’immersion.

Ce qui compte réellement, ce n’est pas le choix du temps.
C’est la cohérence.

Mélanger passé et présent dans un même développement rend la lecture confuse.

Le jury cherche déjà à comprendre votre logique d’action et la temporalité de vos décisions.

Si en plus vous brouillez la structure narrative, vous complexifiez inutilement la compréhension.

Votre écrit doit être fluide.

Stable.

Lisible.

Le jury ne doit jamais fournir un effort supplémentaire pour comprendre ce que vous avez voulu dire.


L’introduction de votre livret 2 est comparable à une première rencontre professionnelle.

Elle doit être synthétique, structurée, et surtout cohérente avec le diplôme visé.

Il ne s’agit pas de raconter toute votre vie.

Il s’agit de présenter un parcours, d’en faire ressortir les lignes directrices, et d’expliquer en quoi votre expérience est en adéquation avec les compétences attendues par le référentiel.

Un bon jury, dès les premières pages, doit pouvoir se dire :
“Ce candidat sait où il va. Il comprend le diplôme qu’il vise, il est là pour les bonnes raisons.”

Une introduction bâclée donne l’impression d’un travail approximatif.

Une introduction maîtrisée installe immédiatement une crédibilité.

Elle donne envie de poursuivre la lecture et la découverte de votre histoire.

C’est un temps stratégique.

Soignez tout particulièrement cette partie.


Avant d’analyser vos situations de travail, le jury doit comprendre dans quel environnement vous évoluez :

  • Votre structure.
  • Votre cadre réglementaire.
  • Vos partenaires/fournisseurs/clients/public
  • Vos contraintes normatives/règlementaires…

Sans cette contextualisation, vos actions perdent en lisibilité.

Il ne faut jamais oublier que tous les membres du jury ne travaillent pas dans votre champ d’intervention spécifique.

Même s’ils sont du même « métier », ils peuvent exercer dans un contexte totalement différent.

Votre mission consiste donc à vulgariser sans simplifier à l’excès.

Éviter le jargon.

Définir les sigles.

Rendre compréhensible un environnement parfois technique.

Un écrit professionnel ne doit jamais être obscur.

La clarté est une preuve de maîtrise.


Voici le point central que trop de candidats sous-estiment.

Décrire une situation de travail est nécessaire.
Mais c’est insuffisant.

Si vous racontez simplement ce que vous avez fait, vous restez dans le narratif.

Le jury, lui, attend de vous une démonstration.

Il veut comprendre comment vous pensez :
Pourquoi vous avez choisi telle action plutôt qu’une autre.
Sur quels outils, méthodes ou références vous vous appuyez.
Quels résultats vous avez obtenus.
Ce que vous avez appris.

Autrement dit, il attend une posture réflexive.

Prenons un exemple simple.

Accueillir un usager, mener un entretien commercial, gérer un collaborateur, organiser un projet…

Toutes ces actions semblent évidentes.

Mais derrière chacune d’elles se cache un raisonnement professionnel.

Si vous ne l’explicitez pas, il reste invisible.

Or dans une VAE, tout ce qui n’est pas écrit n’existe pas.


Plus le diplôme est élevé, plus l’exigence rédactionnelle augmente.

Au niveau « BTS », on attend déjà une capacité d’analyse.
Pour un Master 2, on attend une capacité de problématisation de son expérience.

Il ne s’agit plus seulement d’expliquer ce que vous avez fait, mais de prendre du recul sur vos choix, d’en montrer les limites, d’en analyser les marges d’amélioration, voire de les éclairer par des références théoriques lorsque cela est pertinent.

Citer un auteur, mobiliser un concept reconnu, replacer votre décision dans un cadre méthodologique ne relève pas d’un exercice académique gratuit.

Cela montre que vous comprenez les fondements de votre pratique.

Que vous êtes en capacité de mobilisés des concepts pour faciliter votre prise de décision.

La théorie n’est pas là pour faire joli.
Elle sert à justifier et éclairer l’action.

C’est cela, la maturité professionnelle attendue à ces niveaux.

Si c’est absent de votre écrit, vous ne validerez pas votre diplôme.


Soyons clairs : rédiger un livret 2 n’est pas intuitif.

Dans votre quotidien professionnel, vous n’êtes pas habitué à commenter chacune de vos actions.

Vous agissez.

Vous décidez.

Vous enchaînez.

La VAE vous demande de ralentir.
D’observer.
De conscientiser.

Si vous êtes actuellement en poste, c’est une opportunité précieuse.

Prenez du recul sur vos journées.

Interrogez vos décisions.

Notez les outils utilisés.

Identifiez les normes qui encadrent votre pratique.

Demandez-vous pourquoi vous faites les choses de cette manière.

Ce travail d’observation transforme votre regard sur votre propre professionnalité.

Et c’est exactement ce que le jury cherche à voir.


Rédiger un livret 2 n’est ni compliqué ni facile.

Ce n’est pas compliqué dans son principe.
Mais ce n’est pas naturel dans son exigence.

Vous devez décrire, analyser, évaluer, contextualiser, problématiser parfois, tout en restant clair, structuré et cohérent.

Vous devez accepter d’utiliser le “je”.
D’exposer vos choix.
De rendre visible votre raisonnement.

Sans avoir la certitude d’être diplômé.

C’est souvent cela le vrai défi !

Ce n’est pas un récit de carrière.
C’est une démonstration de compétence.

Et lorsque cette démonstration est claire, structurée et assumée, le jury n’a plus à deviner votre valeur.

Il la constate.

Et il valide votre démarche !

Tous mes voeux de succès !

Alexandra

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