Il y a une question qui traverse presque tous les candidats durant leur démarche de VAE.
Une question qui ne s’écrit pas dans le livret 2.
Une question qui ne se dit pas toujours à voix haute.
Mais elle est là.
Elle apparaît quand on ouvre le livret.
Quand on lit la consigne.
Quand on commence à écrire.
Et elle revient souvent, presque comme un réflexe :
« Est-ce que c’est ce que le jury attend ? »
Cette question semble innocente.
Elle paraît même logique.
Après tout, si l’on écrit un dossier destiné à un jury, il paraît naturel de vouloir répondre à ce qu’il attend.
Mais dans la VAE, cette question est souvent le début d’un piège.
Un piège subtil.
Un piège qui pousse peu à peu le candidat à quitter son propre terrain pour essayer d’entrer dans un terrain qui n’est pas le sien.
Et c’est souvent là que les choses commencent à se compliquer.
Je vous explique tout…
Le moment où l’on commence à douter de son propre parcours
Au début d’une VAE, vous arrivez avec une idée simple : raconter votre métier.
Et ce raisonnement est logique.
Vous savez travailler, résoudre des situations, et prendre des décisions.
Depuis des années parfois…
Mais dès que le livret 2 apparaît, quelque chose change.
Les questions deviennent plus abstraites.
Les formulations semblent plus académiques.
Les consignes demandent d’analyser, de justifier, de réfléchir sur sa pratique.
Et soudain, ce qui semblait évident dans la réalité devient plus flou sur le papier.
Alors la petite question revient :
« Est-ce que c’est ce qu’ils attendent ? »
À partir de ce moment-là, beaucoup de candidats commencent à chercher ailleurs.
Ils cherchent des exemples de livrets.
Ils cherchent des modèles.
Ils lisent ce que d’autres ont écrit.
Et sans même s’en rendre compte, ils commencent à déplacer leur attention.
Au lieu de partir de leur propre expérience, ils essaient peu à peu de se rapprocher d’une forme qu’ils imaginent être la “bonne”.
Ils essaient de se rapprocher d’un modèle.
Mais la VAE n’est pas un exercice de reproduction.
Ce que l’on croit devoir faire… et ce que la VAE demande réellement
Vous pensez devoir prouver quelque chose ?
Prouver que vous avez compris les attentes.
Prouver que vous savez écrire correctement.
Prouver que vous avez répondre aux questions comme il faut.
Vous hésitez.
Vous modifiez.
Vous vous demandez si ce que vous avez écrit est assez bien, assez précis, assez conforme.
Et parfois, vous finissez par effacer des passages entiers.
Pas parce qu’ils étaient faux.
Mais parce qu’ils ne ressemblaient pas à ce vous imaginiez être la bonne réponse.
Le problème, c’est que la VAE ne cherche pas une bonne réponse.
Elle cherche à comprendre un professionnel.
Elle cherche à comprendre comment une personne agit dans son métier, comment elle réfléchit face à une situation, comment elle prend des décisions.
Autrement dit, elle cherche quelque chose de profondément singulier.
Elle cherche votre expérience.
Pas celle d’un autre.
Pas celle d’un modèle.
La vôtre.
Le piège de la comparaison
La comparaison est le piège numéro 1 !
Lorsqu’un candidat lit le livret de quelqu’un d’autre, il peut avoir l’impression que l’autre a trouvé la bonne manière de faire.
Les phrases semblent bien construites.
Les analyses paraissent solides.
Le texte semble parfaitement aligné avec les attentes.
Alors une autre pensée apparaît :
« Moi, je n’écris pas comme ça. »
Et peu à peu, le doute s’installe.
On commence à penser que son propre discours n’est peut-être pas assez bon.
Que sa manière de raconter son travail n’est peut-être pas la bonne.
Que sa façon d’analyser les situations n’est peut-être pas ce qui est attendu.
Mais ce raisonnement repose sur une illusion.
Chaque parcours professionnel est unique.
Chaque personne exerce son métier avec sa manière de penser, ses repères, ses choix.
Deux professionnels peuvent faire le même métier depuis quinze ans et pourtant analyser une situation de manière très différente.
Et c’est normal.
Parce que l’expérience ne se copie pas.
Elle se construit.
Le moment où quelque chose bascule
Dans mes accompagnements VAE, j’identifie toujours un moment particulier, en lisant les écrits des candidats.
Un moment presque discret.
Un moment où le candidat cesse de chercher la bonne réponse.
Il cesse de se demander :
« Est-ce que c’est ce qu’ils attendent ? »
Et il commence à écrire autrement.
Il écrit ce qu’il a réellement compris d’une situation.
Il explique ce qu’il a réellement fait.
Il décrit les décisions qu’il a prises et pourquoi il les a prises.
Ce moment peut paraître simple.
Mais il change profondément la nature de l’écrit.
Parce que le texte ne cherche plus à deviner.
Il cherche à expliquer.
Et dans cette bascule, quelque chose devient beaucoup plus clair.
La personne ne cherche plus à ressembler à un modèle.
Elle parle depuis son expérience.
Et cette expérience devient enfin visible.
La posture du professionnel
La VAE repose sur une idée simple mais fondamentale.
Un professionnel n’est pas seulement quelqu’un qui agit.
C’est quelqu’un qui est capable de comprendre ce qu’il fait.
Comprendre les situations.
Comprendre les choix qu’il fait.
Comprendre les effets de ses décisions.
C’est cette capacité de recul qui transforme une expérience en compétence reconnue.
Et cette capacité ne s’exprime pas en cherchant la réponse parfaite.
Elle s’exprime en assumant sa manière de travailler.
En assumant sa manière de réfléchir.
En assumant sa manière d’analyser les situations professionnelles.
Cela ne signifie pas être parfait.
Cela signifie être capable de dire :
« Voilà comment j’ai compris cette situation.
Voilà ce que j’ai fait.
Voilà pourquoi j’ai choisi de faire ainsi. »
C’est ici que la VAE prend tout son sens.
Retrouver sa propre voix
L’un des objectifs les plus profonds d’une démarche de VAE est de permettre à un professionnel de retrouver sa propre voix.
Pendant des années, beaucoup de personnes travaillent sans forcément prendre le temps d’analyser ce qu’elles font réellement.
Elles agissent.
Elles résolvent des problèmes.
Elles prennent des décisions.
Mais elles ne s’arrêtent pas toujours pour mettre des mots sur leur pratique.
La VAE oblige à ce travail.
Elle oblige à ralentir.
À observer.
À comprendre.
Et parfois, ce travail fait émerger une prise de conscience très forte.
Ce que l’on fait depuis des années a de la valeur.
Pas parce que cela correspond à un modèle.
Mais parce que cela repose sur une expérience réelle.
Une expérience construite jour après jour, situation après situation.
Une phrase simple à garder en tête
Si l’on devait résumer tout cela en une seule idée, elle pourrait tenir dans une phrase très simple.
Une phrase que tout candidat à la VAE devrait garder en tête lorsqu’il écrit son livret :
Arrêtez d’essayer de deviner ce que le jury attend.
Parlez de vous.
Parlez de votre travail.
Parlez de votre vision et de votre réflexion.
Parce qu’au fond, c’est exactement cela que le jury cherche à comprendre.
Pas un modèle.
Pas une copie.
Un professionnel.
Le rendez-vous, est avec vous…
Alexandra
Accompagnatrice VAE Certifiée
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