Comment savoir si mon livret 2 est réellement prêt à être envoyé ?
À force de travailler sur son propre écrit, il devient difficile de prendre suffisamment de recul pour l’évaluer.
Vous connaissez votre parcours, votre métier, votre environnement professionnel et les situations que vous présentez.
Certaines choses vous paraissent donc évidentes alors qu’elles ne le seront pas nécessairement pour un jury qui vous découvre uniquement à travers votre dossier.
À l’inverse, le doute peut aussi vous pousser à en rajouter encore et encore.
Une précision supplémentaire, une nouvelle référence, quelques lignes de plus sur cette situation, une annexe « au cas où »… jusqu’à ne plus vraiment savoir ce qui apporte de la valeur à votre démonstration et ce qui alourdit simplement votre livret.
Or, un dossier de VAE n’est pas prêt parce qu’il est long, parce qu’il est parfaitement mis en page ou parce que vous êtes arrivé à la dernière page.
Il est prêt lorsqu’il remplit sa fonction :
Permettre au jury d’identifier, à travers les expériences que vous avez choisies de présenter, les compétences que vous avez réellement développées et de les mettre en perspective avec celles attendues pour l’obtention du diplôme visé.
C’est donc avec ce regard que je vous propose de reprendre une dernière fois votre dossier avant son envoi.
Non pas pour recommencer votre livret ou chercher la petite phrase parfaite, mais pour vérifier, à travers 7 filtres, que vous avez donné au jury suffisamment de matière pour vous comprendre, et permettre surtout de vous évaluer.
Car il existe une différence importante entre avoir terminé d’écrire son livret 2 et avoir un livret 2 prêt à être évalué.
Filtre n°1 : retrouvez-vous réellement le référentiel dans votre livret 2 ?
Le référentiel de certification, construit sur la base de compétences attendues, constitue le fil conducteur de toute votre démarche de VAE.
Vous l’avez normalement utilisé bien avant de commencer la rédaction de votre livret 2, notamment pour sélectionner les expériences et les situations professionnelles les plus pertinentes à présenter.
Mais au moment de finaliser votre dossier, il est temps d’y revenir avec un autre regard.
Il ne s’agit plus simplement de vérifier que vous avez « parlé » de chaque compétence quelque part dans votre livret.
Il faut vous assurer que votre expérience permet réellement de démontrer votre maîtrise des compétences attendues pour l’obtention du diplôme.
C’est une nuance importante
Vous pouvez pour exemple avoir consacré plusieurs pages à une activité qui occupe une place importante dans votre quotidien professionnel sans pour autant démontrer beaucoup de compétences du référentiel.
À l’inverse, une situation particulièrement bien choisie peut vous permettre de mobiliser et d’expliciter plusieurs compétences, parfois issues de différents blocs ou domaines de compétences.
Le volume consacré à une activité n’est donc pas nécessairement révélateur de sa pertinence dans votre démarche de VAE.
À ce stade, je vous conseille plutôt de reprendre votre référentiel, compétence par compétence et de rechercher, dans votre propre livret, où et surtout comment chacune d’elles est démontrée.
Attention également à une erreur assez fréquente : reprendre les termes du référentiel dans votre rédaction ne suffit pas à démontrer que vous maîtrisez la compétence concernée.
Écrire que vous « conduisez un projet », que vous « travaillez en partenariat », que vous « analysez une situation » ou que vous « assurez une veille professionnelle » ne constitue pas, en soi, une démonstration.
Cela relève du déclaratif
Le jury doit pouvoir comprendre ce que vous avez concrètement fait pour mettre en œuvre cette compétence, dans quel contexte, avec quels interlocuteurs ou quels outils, mais aussi avec quel niveau d’autonomie et de responsabilité.
Si une compétence importante n’apparaît que très peu, voire pas du tout, ne cherchez pas nécessairement à l’ajouter artificiellement dans une situation déjà rédigée.
Interrogez-vous plutôt :
- Ai-je une expérience qui me permet réellement de démontrer cette compétence ?
- Est-elle présente dans une autre situation sans avoir été suffisamment explicitée ?
- Ai-je choisi les situations les plus pertinentes au regard du référentiel ?
C’est tout l’intérêt de ce premier filtre.
Avant de vous demander si votre livret est « bien écrit », vérifiez d’abord qu’il remplit sa fonction première :
Donner au jury suffisamment d’éléments issus de votre expérience pour évaluer votre maîtrise du référentiel du diplôme visé.
Filtre n°2 : comprend-on réellement ce que VOUS avez fait ?
Votre écrit s’appuie nécessairement sur des expériences qui se déroulent dans un environnement professionnel.
Vous travaillez avec des collègues, une hiérarchie, des partenaires, des clients, des fournisseurs, des usagers ou encore différents services.
Certaines décisions sont collectives et certaines actions ne pourraient évidemment pas être menées seul.
Il est donc parfaitement normal que le « nous » trouve sa place dans votre livret.
Le problème apparaît lorsque ce « nous » finit par masquer votre propre intervention.
Un exemple pour vous aider
« Nous avons constaté plusieurs difficultés dans l’organisation du service. Nous avons donc décidé de revoir notre fonctionnement et mis en place de nouveaux outils de suivi. »
À la lecture, je comprends ce qu’a fait l’équipe.
En revanche, je ne sais pratiquement rien de ce que vous avez fait.
- Avez-vous identifié les difficultés ?
- Participé au diagnostic ?
- Proposé la réorganisation ?
- Conçu l’outil ?
- Animé les échanges avec l’équipe ?
- Pris la décision ?
- Simplement appliqué une décision prise par votre hiérarchie ?
Ces différentes positions ne démontrent évidemment pas les mêmes compétences, ni le même niveau de responsabilité.
C’est précisément ce que votre écrit doit permettre au jury d’identifier
Lorsque vous relisez vos situations, soyez donc particulièrement attentif aux passages dans lesquels vous décrivez une action collective.
Après avoir expliqué ce qui a été réalisé, votre propre contribution doit apparaître clairement : quel était votre rôle, qu’avez-vous pris en charge, quelles décisions avez-vous prises, quelles propositions avez-vous formulées et jusqu’où allait votre autonomie ?
Cette vigilance concerne également les passages consacrés à votre structure ou à son fonctionnement.
Décrire précisément les missions de votre établissement, son organisation, ses dispositifs, ses partenaires ou encore les procédures qu’il applique permet de donner au jury les éléments nécessaires pour comprendre votre environnement professionnel.
Mais ces éléments de contexte ne doivent pas prendre le pas sur l’objet principal du livret : votre expérience et les compétences que vous avez personnellement développées.
Vous pouvez donc faire un test assez révélateur lors de votre dernière relecture : prenez une situation et surlignez tous les passages dans lesquels vous êtes réellement acteur.
Pas uniquement les phrases qui commencent par « je ».
Celles dans lesquelles on vous voit observer, questionner, analyser, proposer, choisir, décider, organiser, réaliser, ajuster, évaluer ou encore tirer des enseignements de votre action.
Si ces passages sont difficiles à retrouver au milieu de longues descriptions de votre structure, de procédures ou d’actions collectives, votre positionnement professionnel mérite probablement d’être davantage explicité.
Car le jury n’a pas seulement besoin de savoir ce qui s’est passé.
Il doit pouvoir comprendre quelle place vous avez occupée dans ce qui s’est passé, ce qui relevait réellement de votre responsabilité et quelles compétences vous avez mobilisées pour agir.
Filtre n°3 : affirmez-vous vos compétences ou les démontrez-vous réellement ?
C’est probablement l’un des contrôles les plus importants à réaliser avant d’envoyer votre livret 2.
À force de connaître parfaitement votre métier, certaines compétences peuvent vous sembler tellement évidentes que vous finissez par les résumer en quelques mots, ou les retirer de votre écrit.
« J’ai assuré la coordination du projet. »
« J’ai accompagné cette personne dans ses démarches. »
« J’ai procédé à l’analyse de la situation. »
« J’ai mis en place un suivi budgétaire. »
Ces phrases donnent une information au jury, mais elles ne lui permettent pas encore réellement d’évaluer votre compétence.
Car derrière une même affirmation peuvent se cacher des pratiques professionnelles extrêmement différentes.
Prenons simplement l’exemple de « l’analyse d’une situation » :
- Qu’avez-vous cherché à comprendre ?
- Quelles informations avez-vous recueillies ?
- Auprès de qui ?
- Avec quels outils ?
- Quels éléments avez-vous croisés ?
- Quelles hypothèses avez-vous formulées ?
- Qu’avez-vous identifié à l’issue de cette analyse et en quoi celle-ci a-t-elle orienté la suite de votre intervention ?
C’est en entrant dans cette réalité professionnelle que vous rendez progressivement votre compétence visible.
Autrement dit, ne dites pas seulement au jury que vous savez faire : donnez-lui suffisamment d’éléments pour qu’il puisse lui-même le constater.
Cela suppose notamment de vous méfier des formulations très générales ou des verbes qui résument, à eux seuls, plusieurs heures, plusieurs jours ou parfois plusieurs mois de travail.
« J’ai organisé », « j’ai accompagné », « j’ai évalué », « j’ai supervisé », « j’ai élaboré » ou « j’ai piloté » sont des verbes intéressants, mais ils ouvrent immédiatement une autre question : comment ?
C’est justement ce « comment » que votre livret doit donner à voir
Vous n’avez évidemment pas à retranscrire chacune de vos actions dans les moindres détails. L’objectif reste de sélectionner les éléments suffisamment significatifs pour permettre au jury de comprendre votre démarche, les outils mobilisés, les interlocuteurs concernés, les difficultés rencontrées, les résultats obtenus et, lorsque cela est pertinent, les traces produites dans le cadre de votre activité.
C’est également à ce niveau que vos annexes prennent tout leur sens.
Une annexe n’est pas là pour faire du volume ni pour prouver que le document dont vous parlez existe.
Elle doit apporter un éclairage complémentaire sur votre pratique et venir soutenir votre démonstration : un outil que vous avez construit, un support que vous avez utilisé, un document professionnel auquel vous avez contribué, un tableau de suivi, un compte rendu, une procédure, une production réalisée dans le cadre de la situation présentée…
Mais attention : une annexe ne remplacera jamais une démonstration absente de votre livret
Si vous joignez un outil que vous avez conçu sans expliquer pourquoi vous l’avez créé, comment vous l’avez construit, dans quel contexte vous l’avez utilisé et ce qu’il vous a permis d’obtenir, vous laissez encore au jury une partie du travail d’interprétation.
Or, ce n’est pas à lui de deviner ce que cette annexe est censée démontrer.
Lors de votre dernière relecture, repérez donc les passages dans lesquels vous affirmez maîtriser une activité ou une compétence et posez-vous systématiquement cette question :
Si je supprimais cette affirmation, les éléments que j’ai développés permettraient-ils malgré tout au jury de comprendre que je maîtrise cette compétence ?
Si la réponse est oui, votre démonstration est probablement solide.
Si la réponse est non, ce n’est peut-être pas votre compétence qui manque.
C’est simplement sa démonstration qui reste à rendre visible.
Filtre n°4 : avez-vous suffisamment analysé votre pratique ?
Vous pouvez avoir choisi une excellente situation, parfaitement en lien avec le référentiel, avoir décrit précisément vos actions et pourtant rester encore trop descriptif.
C’est d’ailleurs une difficulté que je rencontre très régulièrement dans les accompagnements menés.
Le candidat explique ce qu’il a fait, dans quel ordre, avec qui et parfois même avec quels outils.
La situation est claire, détaillée, chronologique… mais il manque encore quelque chose d’essentiel : son raisonnement professionnel.
Or, le jury ne cherche pas uniquement à savoir si vous avez réalisé telle ou telle activité.
Il cherche également à comprendre ce qui guide votre action.
- Pourquoi avez-vous fait ce choix à ce moment précis ?
- Sur quels éléments vous êtes-vous appuyé pour prendre votre décision ?
- Quelles hypothèses avez-vous envisagées ?
- Quels risques ou contraintes avez-vous identifiés ?
- Pourquoi avez-vous écarté une autre possibilité ?
- Comment avez-vous adapté votre intervention face à un imprévu ?
C’est ici que l’on passe progressivement de la description de l’activité à l’analyse de la pratique professionnelle.
Prenons un exemple très simple
Vous pouvez expliquer avoir organisé une réunion avec plusieurs partenaires à la suite d’une difficulté rencontrée dans une situation. C’est un fait.
Mais :
- Pourquoi avoir choisi de réunir ces partenaires ?
- Pourquoi ceux-ci précisément ?
- Qu’attendiez-vous de cette rencontre ?
- Quelle était votre analyse de la difficulté avant la réunion ?
- Existait-il des désaccords ou des intérêts différents entre les acteurs ?
- Quelle place avez-vous occupée dans les échanges ?
- La réunion a-t-elle confirmé votre analyse initiale ou vous a-t-elle conduit à la faire évoluer ?
Vous ne racontez alors plus simplement une réunion.
Vous donnez à voir votre capacité à analyser une situation, à prendre du recul, à effectuer des choix et à ajuster votre action en fonction des éléments recueillis.
L’analyse peut également apparaître après l’action
Tout ne se déroule pas toujours comme prévu dans la réalité professionnelle, et c’est justement ce qui peut rendre certaines situations particulièrement intéressantes dans un livret 2.
Une difficulté, une erreur, un résultat différent de celui attendu ou une action que vous ne conduiriez plus de la même manière aujourd’hui ne fragilisent pas nécessairement votre dossier.
Au contraire, votre capacité à identifier les limites de votre intervention, à comprendre ce qui aurait pu être réalisé différemment et à montrer comment votre pratique a évolué peut apporter beaucoup à votre démonstration.
Il ne s’agit donc surtout pas de présenter au jury une succession de situations professionnelles dans lesquelles tout aurait été parfaitement maîtrisé du début à la fin.
Votre expérience s’est aussi construite à travers les difficultés rencontrées, les ajustements réalisés et les enseignements que vous en avez tirés.
Lors de votre relecture, revenez donc sur les passages « trop » chronologiques de votre livret : j’ai fait ceci, puis cela, puis j’ai contacté cette personne, puis j’ai réalisé…
Et demandez-vous régulièrement :
- Pourquoi ai-je agi ainsi ?
- Qu’est-ce qui explique mon choix ?
- Sur quoi s’appuie mon analyse ?
- Qu’est-ce que cette action a produit ?
- Qu’en ai-je retenu pour la suite ?
Vous n’avez pas besoin de répondre mécaniquement à toutes ces questions après chaque action.
L’analyse doit rester naturelle et s’intégrer à votre récit.
En revanche, si le jury sait précisément ce que vous avez fait, mais ne comprend jamais vraiment pourquoi vous l’avez fait ainsi, votre situation reste probablement encore trop descriptive.
Car votre dossier ne doit pas seulement permettre au jury de voir votre activité.
Il doit également lui permettre d’entrer dans votre raisonnement professionnel.
Filtre n°5 : votre expertise professionnelle est-elle suffisamment visible ?
Votre écrit doit permettre au jury de comprendre ce que vous faites et comment vous le faites.
Mais à travers vos situations, il doit également percevoir les connaissances et les repères professionnels sur lesquels vous vous appuyez pour agir.
Car l’expérience ne se résume pas à une succession de gestes professionnels acquis avec le temps.
Avec les années, vous avez également développé une connaissance de votre secteur, de ses enjeux, de son cadre réglementaire, de ses méthodes, de ses outils, de ses publics ou encore des concepts qui viennent éclairer votre pratique.
Cette expertise doit pouvoir se retrouver dans votre livret
Pour autant, il ne s’agit surtout pas de transformer votre dossier de VAE en dissertation ou en mémoire universitaire.
C’est d’ailleurs un écueil assez fréquent lorsque les candidats comprennent qu’ils doivent davantage « théoriser » leur pratique : ils ajoutent alors des définitions, des citations, des références réglementaires ou des développements théoriques qui restent complètement détachés de la situation présentée.
Vous pouvez parfaitement consacrer une demi-page à la définition d’un concept sans que cela ne démontre quoi que ce soit de votre propre pratique.
La question à vous poser est donc moins « ai-je mis suffisamment de théorie dans mon livret ? » que :
« Ai-je montré sur quoi je m’appuie professionnellement pour comprendre une situation et agir ? »
Vous allez confronter votre pratique, à la littérature.
La différence est importante
Si vous intervenez dans un secteur fortement réglementé, il peut être pertinent d’expliquer le cadre juridique qui détermine ou limite votre intervention.
Si vous utilisez une méthodologie particulière, vous pouvez montrer comment elle structure votre démarche.
Si un concept vous aide à analyser une problématique rencontrée, il peut venir éclairer votre compréhension de la situation.
Si une recommandation professionnelle, une procédure ou un référentiel guide votre action, vous pouvez expliquer comment vous vous en saisissez concrètement.
Dans tous les cas, la référence doit servir votre pratique et non l’inverse.
Encore un exemple, pour que vous puissiez comprendre mon propos :
Écrire plusieurs paragraphes sur le secret professionnel, en reprenant sa définition et les textes qui l’encadrent, présente finalement assez peu d’intérêt si aucun lien n’est ensuite établi avec votre situation.
En revanche, expliquer qu’au cours d’un échange partenarial vous avez dû déterminer quelles informations pouvaient être transmises, à qui, dans quel objectif et dans quelles limites permet immédiatement de comprendre comment ce cadre réglementaire intervient dans votre pratique.
La référence prend alors tout son sens puisqu’elle vient expliquer un choix professionnel concret
Le même raisonnement peut être appliqué aux concepts théoriques.
Vous n’avez pas à démontrer que vous avez lu une bibliothèque entière pour obtenir votre diplôme.
En revanche, certaines notions peuvent permettre de mettre des mots sur ce que vous observez, de prendre de la distance avec une situation ou d’expliquer pourquoi vous avez privilégié une approche plutôt qu’une autre.
Et c’est aussi ce qui permet de montrer que votre pratique ne repose pas uniquement sur des habitudes ou des automatismes.
Vous êtes capable de la situer, de l’argumenter et de la mettre en perspective.
Lors de votre dernière relecture, observez donc les références théoriques, réglementaires ou méthodologiques présentes dans votre livret.
Pour chacune d’elles, demandez-vous : qu’apporte-t-elle à la compréhension de ma pratique ?
Si vous pouvez supprimer un développement théorique sans que cela ne change absolument rien à la compréhension de votre situation, il est peut-être simplement « posé », sans vraiment de sens.
À l’inverse, si vous décrivez des choix professionnels importants sans jamais montrer ce qui les fonde, votre expertise mérite peut-être d’être davantage explicitée.
L’objectif n’est donc pas d’ajouter de la théorie pour « faire niveau diplôme ».
Il est de montrer que derrière vos actions se trouvent des connaissances, des repères et une compréhension de votre environnement professionnel qui participent pleinement à votre compétence.
Filtre n°6 : votre livret 2 est-il cohérent dans son ensemble ?
Lorsque vous rédigez votre livret 2 pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, vous avez naturellement tendance à travailler partie par partie.
Vous rédigez votre parcours, puis la présentation de votre structure, votre poste, une première situation, une deuxième… Vous revenez sur certains passages, vous en complétez d’autres plusieurs semaines plus tard et vous ajoutez progressivement vos annexes.
À la fin de la rédaction, il est donc indispensable de ne plus regarder uniquement chaque partie séparément, mais de reprendre votre dossier dans son ensemble.
Car votre livret 2 doit former un tout cohérent
Le jury va progressivement découvrir votre parcours, comprendre votre environnement professionnel, identifier votre fonction et votre niveau de responsabilité, puis entrer dans les situations que vous avez choisies pour démontrer vos compétences.
Toutes ces parties doivent se répondre.
Si vous expliquez dans votre présentation de poste que vous disposez d’une autonomie importante dans certaines décisions, le jury doit pouvoir retrouver et apprécier cette autonomie dans les situations présentées.
Si vous indiquez travailler régulièrement avec certains partenaires, il doit pouvoir comprendre la place qu’ils occupent lorsque vous les mobilisez ensuite.
Si une mission constitue une part importante de votre fonction et correspond directement à des compétences centrales du diplôme, il serait étonnant qu’elle disparaisse complètement de vos situations.
Cette cohérence concerne également le niveau de responsabilité que vous donnez à voir.
Soyez particulièrement vigilant aux écarts entre ce que votre fiche de poste prévoit, ce que votre fonction laisse supposer et ce que vous exercez réellement.
Durant une VAE, ce n’est pas votre intitulé de poste qui est évalué.
Vous pouvez exercer des responsabilités qui dépassent votre fiche de poste comme, à l’inverse, ne pas mobiliser certaines activités habituellement associées à votre fonction.
Ce qui intéresse le jury est donc la réalité de votre expérience
Votre dossier doit lui permettre de comprendre cette réalité sans rencontrer, au fil de sa lecture, des informations qui semblent se contredire.
La cohérence doit également être vérifiée entre vos situations elles-mêmes.
Il est normal qu’une même compétence puisse apparaître à plusieurs endroits. Certaines compétences sont d’ailleurs transversales et se mobilisent dans de nombreuses situations professionnelles.
En revanche, chaque situation doit apporter quelque chose à votre démonstration.
Si vos différentes situations donnent toutes à voir exactement les mêmes compétences, les mêmes responsabilités et les mêmes modalités d’intervention, vous avez peut-être laissé de côté une partie importante de votre expérience.
À l’inverse, vouloir absolument faire entrer une compétence manquante dans une situation qui ne s’y prête pas risque de créer des développements artificiels qui nuisent à la cohérence de l’ensemble.
C’est ici, une nouvelle fois, que votre référentiel de certification vous permet de prendre de la hauteur et de vérifier que les situations choisies se complètent réellement pour donner au jury une vision suffisamment large de vos compétences.
Enfin, n’oubliez pas vos annexes
Elles font partie intégrante de cette cohérence globale.
Une annexe annoncée doit être facilement identifiable, correctement référencée et surtout correspondre à ce que vous en dites dans votre écrit.
À l’inverse, multiplier les annexes sans jamais les exploiter ou les citer dans vos situations apporte peu à votre démonstration.
Pour ce sixième filtre, je vous conseille donc de faire quelque chose de très simple : oubliez momentanément les détails et regardez votre livret de loin.
- Quel professionnel ressort de ce dossier ?
- Comprend-on clairement votre parcours, votre environnement, votre fonction, votre périmètre d’intervention et votre niveau de responsabilité ?
- Les situations choisies confirment-elles ce positionnement et se complètent-elles pour démontrer les compétences attendues ?
- Les annexes viennent-elles réellement soutenir ce que vous présentez ?
Et surtout : le jury dispose-t-il d’un fil conducteur suffisamment clair pour comprendre votre expérience sans avoir à reconstituer lui-même les liens entre les différentes parties de votre dossier ?
Un bon livret 2 n’est pas simplement une succession de parties correctement rédigées.
C’est un dossier dans lequel chaque partie contribue à une même démonstration : celle de la correspondance entre votre expérience et le diplôme que vous souhaitez obtenir.
Filtre n°7 : et si vous relisiez votre livret 2 avec les yeux du jury ?
Vous connaissez votre livret 2 presque par cœur.
Vous savez pourquoi vous avez choisi telle situation, ce qui s’est réellement passé à tel moment, ce que vous vouliez dire dans cette phrase un peu courte et ce qui se cache derrière le nom de cet outil que vous utilisez quotidiennement.
Le jury, lui, ne sait rien de tout cela.
Il découvre votre parcours et votre pratique professionnelle à travers ce que vous avez choisi de lui donner à voir.
Et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles cette dernière relecture est si difficile : vous ne lisez plus uniquement ce qui est écrit.
Vous complétez inconsciemment votre écrit avec tout ce que vous savez déjà
Une phrase peut vous sembler parfaitement claire parce que vous connaissez le contexte.
Une décision peut vous paraître évidente parce que vous vous souvenez de ce qui l’a motivée.
Une annexe peut vous sembler suffisamment explicite parce que vous l’utilisez depuis des années.
Mais le jury ne dispose pas de toutes ces informations.
Pour ce dernier filtre, je vous invite donc à essayer de changer complètement de position.
Ne cherchez plus les fautes.
Ne vous demandez plus si telle phrase pourrait être mieux formulée.
Ne cherchez même plus, dans un premier temps, à améliorer votre livret.
Essayez simplement de vous demander : qu’est-ce que ce dossier me permet réellement de comprendre de ce candidat et de ses compétences ?
À la fin d’une situation, le jury doit pouvoir identifier votre rôle, votre niveau d’autonomie et de responsabilité, les compétences que vous avez mobilisées, les choix que vous avez effectués, la manière dont vous les avez argumentés et votre capacité à prendre du recul sur votre pratique.
Il doit également disposer de suffisamment d’éléments pour rapprocher ce qu’il vient de lire des attendus du diplôme.
Cela ne signifie pas qu’il ne vous posera aucune question lors de l’entretien de VAE
L’oral fait pleinement partie du processus d’évaluation et permettra au jury de revenir sur certains éléments, d’approfondir une situation, de vérifier votre maîtrise ou encore de vous demander de préciser certains choix.
Mais il existe une différence importante entre approfondir une compétence à l’oral et devoir découvrir cette compétence à l’oral parce qu’elle n’apparaît pratiquement pas dans le livret.
Votre écrit doit déjà donner au jury de la matière pour vous évaluer.
Vous pouvez d’ailleurs pousser l’exercice encore un peu plus loin.
Après avoir relu une situation, fermez votre livret et essayez de résumer ce que vous venez de démontrer, sans reprendre les intitulés du référentiel.
Si vous êtes capable de dire : « Dans cette situation, on voit que je suis capable d’analyser…, de décider…, de coordonner…, d’adapter…, d’évaluer… », puis de retrouver précisément dans votre écrit ce qui vous permet de l’affirmer, votre démonstration est probablement bien installée.
En revanche, si vous savez que vous maîtrisez une compétence mais que vous avez du mal à identifier où le jury pourra réellement l’observer, il reste peut-être un travail d’explicitation à réaliser.
C’est finalement la question qui résume ce septième et dernier filtre
Si le jury ne sait de vous que ce que contient ce livret, lui avez-vous donné suffisamment de matière pour évaluer les compétences que vous souhaitez faire reconnaître ?
Alors, votre livret 2 est-il prêt à être envoyé ?
Arriver à la dernière page d’un livret 2 est déjà une étape importante.
Mais vous l’aurez compris : ce n’est pas le nombre de pages rédigées, le temps passé dessus ou le sentiment d’avoir « tout raconté » qui permettent de déterminer si votre dossier est prêt.
Votre livret est prêt lorsqu’il remplit pleinement sa fonction d’évaluation.
Le jury doit pouvoir retrouver le référentiel à travers votre expérience, identifier clairement votre contribution personnelle, observer vos compétences plutôt que simplement lire que vous les maîtrisez, comprendre votre raisonnement professionnel, percevoir les connaissances qui soutiennent votre pratique et suivre un dossier cohérent dans son ensemble.
Et surtout, il ne devrait pas avoir à deviner ce que vous savez faire.
C’est probablement l’un des meilleurs indicateurs pour savoir quand arrêter d’ajouter, de compléter et de réécrire.
Car lorsque le dépôt approche, le risque existe aussi de vouloir sans cesse améliorer son dossier.
Vous trouvez une nouvelle formulation, ajoutez une référence supplémentaire, développez encore une activité ou joignez une annexe « au cas où ».
Pourtant, davantage de contenu ne signifie pas nécessairement davantage de compétences démontrées.
À un moment, il faut donc accepter de quitter une logique de production pour entrer dans une logique d’évaluation : est-ce que ce que j’ai déjà écrit permet au jury d’évaluer mon expérience au regard du diplôme visé ?
Si vous avez fait passer votre dossier à travers ces sept filtres et que la réponse est oui, votre livret n’a peut-être plus besoin d’une dixième relecture.
Il est peut-être tout simplement prêt à être envoyé.
Je vous invite pour vous aider, à mettre à profit cet article, en réalisant le défi de la semaine ci-dessous.
Tous mes voeux de succès dans votre VAE.
Alexandra
Accompagnatrice VAE
Le défi de la semaine que je vous propose
Cette semaine, je vous propose de ne surtout pas reprendre immédiatement votre livret pour modifier une phrase ou ajouter du contenu.
Choisissez une seule de vos situations professionnelles et relisez-la avec les 6 filtres présentés dans cet article (retirez le filtre n°6 qui concerne la cohérence de l’ensemble de votre écrit).
Cherchez ce que le jury peut réellement y observer : les compétences du référentiel que vous démontrez, votre contribution personnelle, les éléments concrets qui viennent apporter la preuve de votre maîtrise, votre analyse et votre raisonnement professionnel, les connaissances sur lesquelles vous vous appuyez et la cohérence de cette situation avec le reste de votre dossier.
Puis terminez par une dernière question :
« Si je ne pouvais rien expliquer de plus au jury que ce qui est écrit dans cette situation, que comprendrait-il réellement de mes compétences ? »
Notez uniquement les éléments qui restent flous ou qui nécessitent véritablement d’être complétés.
Vous obtiendrez ainsi une liste de corrections beaucoup plus utile qu’une énième relecture ligne par ligne.
Et lorsque cette première situation aura passé le test, appliquez exactement le même exercice aux suivantes.
L’objectif n’est plus d’écrire davantage.
L’objectif est de vérifier que chaque page utile de votre livret aide réellement le jury à évaluer ce que votre expérience vous a permis de maîtriser.
Articles complémentaires à consulter susceptibles de vous intéresser :
1 – Confessions d’un livret 2 rejeté