Si vous vous apprêtez à rédiger votre livret 2, vous pensez probablement que votre principal défi sera d’écrire.

Trouver les bons mots.

Structurer vos idées.

Répondre aux attendus du référentiel.

En réalité, vous êtes sur le point d’entrer dans un sacré processus.

Car l’écriture ne sert pas uniquement à raconter votre expérience.

Elle va progressivement vous obliger à la comprendre.

Vous allez découvrir que certaines pratiques que vous réalisez depuis des années sont difficiles à expliquer.

Et oui : vous les faites par habitudes, c’est intégré, c’est en vous.

D’ailleurs, vous ne les avez jamais vraiment pensées.

Ce n’est que lorsqu’on est en processus d’apprentissage, qu’on décortique chaque mouvement, chaque action : pour tenter d’en comprendre le sens et de l’intégrer.

Vous savez donc faire.

Mais savez-vous expliquer pourquoi vous faites ainsi plutôt qu’autrement ?

Savez-vous nommer les compétences que vous mobilisez ?

Savez-vous mettre en évidence la logique qui guide vos décisions ?

C’est précisément ce que va produire l’écriture du livret 2.

À mesure que vous rédigerez, votre expérience cessera d’être une succession de situations vécues.

Elle deviendra peu à peu une pensée structurée.

Vous mettrez des mots sur des intuitions.

Ces intuitions deviennent des intentions.

Vous identifierez des méthodes là où vous ne voyiez jusqu’alors que des habitudes.

Vous découvrirez des concepts professionnels qui donneront de la cohérence à des années de pratique.

Autrement dit, vous ne serez plus seulement capable de dire : « Je sais faire. »

Vous serez capable d’expliquer ce que vous faites, pourquoi vous le faites et ce que cela dit de votre manière d’exercer votre métier.

C’est ce qui fera de vous le prochain diplômé.

Et c’est sans doute l’un des bénéfices les plus méconnus de la VAE.

Bien avant le diplôme, l’écriture vous aide à clarifier votre pensée.

Et lorsqu’une pensée devient claire, elle devient également beaucoup plus facile à défendre devant un jury.

C’est ce que je vais tenter de vous expliquer plus en détail aujourd’hui.


Lorsque vous ouvrez votre livret 2, vous avez probablement une certitude.

Vous connaissez votre métier.

Vous n’avez pas attendu la VAE pour devenir professionnel.

Alors vous commencez à écrire.

Et c’est souvent là que tout bascule.

Vous décrivez une situation de travail.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Jusqu’au moment où vous tentez d’ajouter un peu d’analyse,

Car vous avez bien compris qu’une simple descritpion de vos actions serait insuffisante.

Vient donc la question :

Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Et soudain, vous hésitez.

Pas parce que vous avez mal agi.

Pas parce que vous ne maîtrisez pas votre métier.

Mais parce que, jusqu’à présent, vous n’aviez jamais eu besoin de mettre des mots sur votre raisonnement.

Et encore moins d’assumer une façon de travailler devant un jury.

Après tout, était-ce la bonne manière de faire ?

Et au-delà de cela, y-a t-il une seule manière de bien faire les choses ?

Dans la vie professionnelle, on vous demande d’agir.

La VAE vous demande de comprendre ce qui guide votre action.

Cette différence est fondamentale.

Je ne cesserai de le rappeler car c’est ce qui fera de vous le prochain diplômé.

Votre écrit ne révèle pas seulement ce que vous savez faire.

Il révèle ce que vous êtes capable de comprendre de votre propre pratique.

C’est pourquoi certains passages vous paraîtront étonnamment faciles à rédiger… tandis que d’autres vous demanderont plusieurs heures de réflexion, avant d’aboutir à quelque chose qui vous ressemble.

Ces moments de blocage ne sont pas des échecs.

Ils sont des révélateurs.

Ils montrent les endroits où votre expérience est encore intuitive, là où votre pensée demande à être clarifiée.

Et c’est précisément ce travail de clarification qui constitue l’une des plus grandes richesses de la VAE.

Avant même de convaincre un jury, vous commencez à vous convaincre vous-même.

Vous ne découvrez pas un nouveau métier.

Vous découvrez la logique qui se cache derrière celui que vous exercez déjà.

Le premier destinataire de votre livret n’est donc pas le jury. C’est vous.

Car avant d’expliquer votre expérience aux autres, vous allez devoir apprendre à vous l’expliquer à vous-même.

Ce que vous n’êtes pas en mesure d’expliquer clairement, vous ne l’avez tout simplement pas compris.


Dans votre quotidien professionnel, vous prenez des dizaines de décisions.

Certaines sont importantes.

D’autres paraissent presque automatiques.

Vous utilisez une méthode rodée, que vous appliquez inconsciemment.

Vous priorisez une action.

Vous sollicitez un collègue.

Vous accompagnez une personne d’une certaine manière.

La plupart du temps, vous ne vous demandez pas pourquoi.

Vous agissez.

Et c’est normal.

L’expérience a justement cette capacité extraordinaire : elle transforme progressivement certaines décisions en réflexes.

Mais la VAE ne s’intéresse pas à vos réflexes.

Elle s’intéresse au raisonnement qui les produit.

C’est pourquoi, au fil de l’écriture, vous allez vous retrouver face à des questions auxquelles vous n’aviez jamais réellement répondu.

  • Pourquoi avez-vous retenu cette méthode ?
  • Pourquoi n’avoir pas choisi une autre approche ?
  • Quels éléments vous ont conduit à cette décision ?
  • Quels étaient les risques ?
  • Quelles contraintes avez-vous prises en compte ?

À ce moment-là, quelque chose change.

Vous ne décrivez plus une action.

Vous commencez à démonter le mécanisme de votre réflexion.

Vous mettez au jour ce qui, jusqu’alors, fonctionnait presque instinctivement.

Et c’est précisément là que naît l’analyse.

L’analyse ne consiste pas à compliquer votre discours.

Nous ne sommes pas ici pour « pondre une thèse » !

Elle consiste à rendre visible votre raisonnement.

À montrer qu’une décision n’est jamais le fruit du hasard, mais le résultat d’une réflexion, d’un contexte, de contraintes, d’objectifs et de connaissances professionnelles.

Plus vous avancerez dans votre dossier de VAE, plus vous remarquerez un phénomène étonnant.

Vous passerez moins de temps à raconter ce que vous avez fait.

Et davantage de temps à expliquer pourquoi vous l’avez fait ainsi.

C’est à cet instant que votre écriture change de nature.

Vous ne racontez plus votre métier.

Vous commencez à penser votre métier.


C’est souvent à ce moment précis que quelque chose de très fort se produit.

Au début de votre livret, vous décrivez vos actions avec les mots de votre quotidien.

« J’observe. »

« J’échange avec l’équipe. »

« J’aide la personne à trouver une solution. »

« J’organise la réunion. »

Ces phrases sont justes.

Elles traduisent votre action.

Mais elles restent descriptives.

Puis, au fil de votre réflexion, vous commencez à prendre du recul.

Vous découvrez que derrière chacune de ces actions se cache un concept professionnel.

Vous ne faites pas qu’observer.

Vous réalisez un diagnostic.

Vous ne faites pas que discuter avec une équipe.

Vous coordonnez des acteurs autour d’un objectif commun.

Vous ne faites pas qu’aider une personne.

Vous mettez en œuvre une démarche d’accompagnement.

Vous ne faites pas qu’organiser une réunion.

Vous pilotez un projet, conduisez un changement ou animez un collectif.

Et soudain, votre expérience prend une autre dimension.

Non pas parce que vous avez appris quelque chose de nouveau.

Mais parce que vous avez enfin trouvé les mots qui décrivent précisément ce que vous faisiez déjà.

C’est toute la puissance des concepts professionnels.

Ils ne créent pas vos compétences.

Ils les révèlent.

Ils donnent une structure à des années de pratique.

Ils mettent de l’ordre dans ce qui, jusqu’alors, ressemblait parfois à une succession d’actions sans lien apparent.

Et plus vous avancez dans votre rédaction, plus vous prenez conscience d’une chose.

Votre métier n’est pas une accumulation de tâches.

C’est un ensemble cohérent de raisonnements, de méthodes, de choix et de compétences qui répondent à une logique professionnelle.

Nommer cette logique change profondément votre regard sur votre propre expérience.

Car on ne maîtrise jamais aussi bien une compétence que lorsqu’on est capable de la nommer, de l’expliquer et de la relier à un concept.

C’est précisément ce travail que produit l’écriture du livret 2.

Elle ne vous apprend pas votre métier.

Elle vous donne les clés pour enfin le comprendre dans toute sa richesse,

Et le relier à un référentiel de compétences, pour faciliter l’évaluation de votre jury de VAE.


Au début de votre livret, vous avez souvent l’impression de raconter une série d’événements.

Une mission.

Puis une autre.

Un projet.

Une situation de travail.

Chaque expérience semble exister indépendamment des autres.

Pourtant, à mesure que vous avancez dans votre rédaction, quelque chose apparaît.

Vous commencez à faire des liens.

Vous réalisez que, dans des contextes pourtant très différents, vous prenez souvent les mêmes précautions.

Vous posez les mêmes questions.

Vous utilisez les mêmes critères pour décider.

Vous suivez une méthode qui vous est propre.

Autrement dit, vous découvrez votre manière de penser votre métier.

Un lien logique apparait.

C’est probablement l’un des plus grands déclics de la VAE.

Vous ne voyez plus simplement ce que vous faites.

Vous comprenez pourquoi vous le faites toujours de cette manière.

Vous identifiez vos repères.

Vos critères de décision.

Vos valeurs professionnelles.

Vos exigences.

Votre façon d’analyser une situation avant d’agir.

Et c’est précisément ce que le jury cherche à rencontrer.

Pas une liste d’actions.

Pas une succession de tâches.

Mais un professionnel capable d’expliquer la logique qui relie toutes ces actions.

À ce stade, votre livret change profondément.

Il questionne, décortique, provoque parfois le débat, amène le jury à réfléchir sur un sujet…

Il ne ressemble plus à un journal de bord.

Il devient la démonstration d’un raisonnement professionnel.

Chaque situation n’est plus un simple exemple.

Elle devient une preuve de votre manière de réfléchir, de décider et d’exercer votre métier.

C’est d’ailleurs ce qui explique qu’un bon livret 2 soit souvent très cohérent.

Les situations présentées sont différentes.

Mais la pensée qui les traverse est toujours la même.

Et c’est cette cohérence qui donne de la force à votre dossier.

Parce qu’au fond, un jury ne valide pas une addition d’expériences.

Il valide un professionnel dont le raisonnement apparaît clairement à travers chacune d’elles.


Certains candidats abordent l’oral comme une étape totalement différente du livret 2.

Ils terminent leur dossier.

Puis ils commencent à préparer leur présentation.

En réalité, cette préparation a commencé plusieurs semaines, voire plusieurs mois auparavant.

À chaque page que vous rédigez.

À chaque analyse que vous approfondissez.

À chaque choix que vous justifiez.

Car le véritable enjeu de l’oral n’est pas de trouver les bonnes réponses.

Il est de proposer une continuité, avec une pensée déjà construite.

C’est la raison pour laquelle certains candidats semblent si à l’aise devant le jury.

Ils ne récitent pas leur livret.

Ils ne cherchent pas à retrouver une formulation apprise par cœur.

Ils parlent d’un raisonnement qu’ils ont construit au fil de l’écriture.

Ils savent pourquoi ils ont pris telle décision.

Ils connaissent les concepts qui éclairent leur pratique.

Ils sont capables d’illustrer leurs propos par des situations vécues parce qu’ils les ont déjà analysées en profondeur.

Ils ne cherchent plus ce qu’ils doivent dire.

Ils expliquent ce qu’ils pensent.

C’est une différence fondamentale.

Le jury le perçoit immédiatement.

Il ne rencontre plus un candidat qui tente de convaincre.

Il rencontre un professionnel capable d’expliquer son métier avec clarté, cohérence et recul.

Et cette assurance ne naît pas le jour de l’oral.

Elle naît, souvent sans que vous vous en rendiez compte, pendant les heures passées à écrire, à douter, à reformuler, à chercher le mot juste et à préciser votre pensée.

Voilà pourquoi le livret 2 ne prépare pas seulement votre dossier.

Il prépare votre posture.

Le jour de l’oral, vous ne venez plus défendre des pages.

Vous venez défendre une réflexion que vous avez pris le temps de construire, d’éprouver et d’assumer.

Et c’est précisément cette réflexion que le jury est venu rencontrer.


Si vous abordez votre livret 2 comme un simple dossier à remplir, vous passerez à côté de ce que la VAE peut réellement vous apporter.

Car son véritable pouvoir ne réside pas uniquement dans le diplôme que vous obtiendrez (peut-être) à son issue.

Il réside dans ce qui se passe pendant l’écriture.

À mesure que vous rédigez, vous ne faites pas qu’aligner des mots sur des pages.

Vous mettez de l’ordre dans des années d’expérience.

Vous donnez un nom à des compétences que vous exerciez parfois sans en avoir pleinement conscience.

Vous transformez des habitudes en méthodes.

Des intuitions en raisonnements.

Des actions en compétences.

Et surtout…

Vous passez progressivement d’une posture d’exécutant à une posture de professionnel capable d’expliquer, de justifier et d’assumer sa pratique.

C’est sans doute le plus grand changement qu’opère la VAE.

Au départ, vous pensez qu’il suffit de savoir faire.

À la fin, vous comprenez qu’un véritable professionnel n’est pas seulement celui qui agit.

C’est celui qui est capable d’expliquer pourquoi il agit ainsi.

Alors oui, vous obtiendrez peut-être un diplôme.

Mais vous repartirez surtout avec quelque chose de bien plus précieux.

Une compréhension beaucoup plus fine de votre propre métier.

Un capital confiance que personne ne pourra vous enlever.

Parce qu’au fond, la VAE ne vous apprend pas votre profession.

Elle vous apprend à penser comme le professionnel que vous êtes déjà devenu.

Et c’est peut-être là que réside toute la valeur de la VAE.

Parce qu’écrire un livret 2 ne consiste pas simplement à raconter son parcours.

Cela demande du temps.

De la rigueur.

De l’humilité.

De la discipline.

Il faut accepter de remettre en question certaines certitudes, d’approfondir sa réflexion, d’aller creuser là où l’on préférerait parfois ne pas regarder, de revenir sur ses écrits, et parfois même de tout reprendre pour aller plus loin.

Cette transformation ne se produit pas par hasard.

Elle est le fruit d’un véritable engagement.

Oui, tous les candidats n’iront pas jusqu’au bout.

Oui, tous n’obtiendront pas leur diplôme.

Et c’est aussi ce qui donne sa valeur à cette démarche.

Un diplôme n’a de sens que lorsqu’il récompense un travail, une progression et une véritable montée en compétence.

La VAE ne distribue pas une reconnaissance.

Elle se mérite.

Parce qu’au-delà de l’expérience acquise au fil des années, elle récompense la capacité à la comprendre, à l’analyser et à lui donner du sens.

Et c’est précisément cette exigence qui fait toute sa valeur.

Tous mes voeux de réussite.

Alexandra

Accompagnatrice VAE

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