Les changements décryptés par Alexandra de chez PRO-AVENIR, accompagnatrice VAE indépendante spécialisée dans les diplômes du travail social.

⚠️ Mise à jour – 22 Septembre 2026

Une précision importante doit être apportée concernant le calendrier de transition applicable à la VAE : j’en profite pour remercier ma correspondante du DAVA pour la transmission spontanée de ces précieuses informations, après lecture de ce guide, qui viennent éclairer l’organisation à venir et surtout donner une information actualisée aux candidats VAE.

L’arrêté du 6 octobre 2025 relatif au DEES prévoyait initialement que les candidats déjà engagés dans un parcours de VAE selon l’ancien référentiel resteraient soumis aux anciennes modalités de certification jusqu’au 31 juillet 2028 au plus tard. C’est sur la base de cette disposition réglementaire que le calendrier présenté initialement dans cet article avait été établi.

Une instruction interministérielle du 16 mars 2026, complétée par les précisions communiquées par la DGCS concernant la mise en œuvre de la réforme en VAE, prévoit toutefois un calendrier opérationnel plus resserré.

Ainsi, pour continuer à présenter le DEES selon le référentiel de 2018, le candidat doit avoir déposé sa demande de recevabilité au plus tard le 31 août 2026. Une fois déclaré recevable, son dossier de validation devra être déposé au plus tard le 31 mai 2027, pour une présentation devant le jury au plus tard durant l’été 2027.

Les demandes de recevabilité déposées à compter du 1er septembre 2026 relèvent quant à elles du nouveau référentiel organisé en quatre blocs de compétences. Les premiers jurys VAE correspondant à ce référentiel sont annoncés à partir de septembre 2027.

Ce calendrier vient donc apporter des précisions sur la mise en œuvre opérationnelle de la période transitoire en VAE et fait apparaître, dans les faits, un calendrier plus resserré que celui qui pouvait être compris à la lecture de l’arrêté du 6 octobre 2025.

Vous pouvez consulter et télécharger l’nstruction interministérielle n° DGCS/SD4A/DGESIP/A1-2/2026/6 du 16 mars 2026 relativeà la mise en oeuvre de la révision des diplômes d’État du travail social conférant le grade de licence ici.

Si vous recherchez un résumé rapide du nouveau référentiel, cet article n’est probablement pas fait pour vous.

Consultez la vidéo de synthèse sur ma chaine Youtube :

En revanche, si vous souhaitez comprendre ce qui change réellement, pourquoi ces évolutions ont été introduites et quelles pourraient être leurs conséquences pour la VAE, alors vous êtes au bon endroit.

Cet article est volontairement long, analytique et argumenté.

J’y partage une lecture personnelle du nouveau référentiel, nourrie par mon expérience d’accompagnatrice VAE spécialisée dans les diplômes du travail social.

Ici, pas de scroll !

Nous prenons le temps d’analyser les textes, de comprendre, pour préparer votre réussite !

Le 14 octobre 2025, le Journal officiel publiait le nouvel arrêté relatif au diplôme d’État d’Éducateur spécialisé (DEES), accompagné d’un référentiel professionnel entièrement repensé.

Cette réforme constitue une évolution importante du diplôme.

Elle modifie l’architecture des compétences attendues, redéfinit certaines missions de l’éducateur spécialisé et introduit de nouvelles exigences en lien avec les évolutions de notre société :

  • autodétermination des personnes accompagnées,
  • transition écologique,
  • intelligence artificielle,
  • développement territorial,
  • pratiques réflexives
  • ou encore développement professionnel continu.

Depuis cette publication, de nombreuses interrogations émergent chez les professionnels :

  • Vais-je devoir recommencer ma VAE ?
  • Mon Livret 2 restera-t-il valable ?
  • En cas de validation partielle, comment faire pour poursuivre ma démarche ?
  • Quelles seront les nouvelles compétences attendues ?
  • À partir de quand ce nouveau référentiel s’appliquera-t-il ?
  • Les jurys auront-ils de nouvelles attentes ?

Ces questions sont parfaitement légitimes.

Pourtant, une lecture attentive du nouvel arrêté montre que certaines informations relayées depuis plusieurs mois sont incomplètes, voire parfois erronées.

L’objectif de cet article est donc de proposer une lecture approfondie de cette réforme, non pas en résumant le référentiel, mais en analysant les conséquences concrètes qu’il aura pour vous : futurs candidats à la VAE.

En tant qu’accompagnatrice VAE spécialisée dans les diplômes du travail social, j’ai souhaité croiser le contenu du nouveau référentiel avec les attentes traditionnellement observées des jurys afin d’identifier ce qui évolue réellement… mais également ce qui demeure inchangé.

Car contrairement à certaines idées reçues, cette réforme ne bouleverse pas l’identité professionnelle de l’éducateur spécialisé.

Elle traduit plutôt l’évolution progressive d’un métier confronté à de nouveaux enjeux sociaux, institutionnels et territoriaux.


C’est probablement le point qui génère aujourd’hui le plus de confusion.

Le nouvel arrêté entre officiellement en vigueur le 1er septembre 2026.

À compter de cette date, les étudiants qui débutent leur formation prépareront le diplôme selon ce nouveau référentiel.

Les candidats VAE qui entament leur parcours de recevabilité à compter de cette date, basculent également sur ce nouveau référentiel.

Si votre recevabilité a été obtenue avant l’entrée en vigueur du nouveau dispositif et que votre avis de recevabilité est déjà obtenu, vous pourrez poursuivre votre démarche sur le référentiel actuellement en vigueur.

Vous conserverez donc les quatre domaines de compétences historiques, déclinés en huit blocs de compétences, les modalités actuelles du Livret 2 ainsi que les critères d’évaluation associés.

Autrement dit, il n’est absolument pas nécessaire de reprendre votre dossier selon le nouveau référentiel.

Cette précision est essentielle et rassurera de nombreux candidats qui craignaient de devoir reconstruire plusieurs mois de travail.

Comme vu précédemment, les candidats qui engageront leur parcours VAE à compter du 01/09/2026 seront évalués sur le nouveau référentiel.

Leur démonstration des compétences devra alors s’inscrire dans la nouvelle architecture du diplôme.

À première vue, la réforme pourrait sembler relativement limitée.

L’ancien diplôme était structuré autour de quatre domaines de compétences, eux-mêmes déclinés en huit blocs de compétences.

Le nouveau référentiel est désormais organisé directement autour de quatre blocs de compétences :

  • Concevoir et conduire un accompagnement éducatif spécialisé dans une visée préventive et inclusive ;
  • Favoriser et soutenir l’autodétermination des individus et des collectifs dans un but d’émancipation ;
  • S’inscrire dans une dynamique partenariale et territoriale en lien avec la mise en œuvre des politiques de cohésion sociale ;
  • S’inscrire dans un contexte professionnel du travail social.

À première lecture, certains pourraient conclure qu’il s’agit essentiellement d’une nouvelle présentation du diplôme.

Cette lecture serait pourtant réductrice.

En réalité, la réforme ne diminue pas les exigences ; elle les recompose.

Certaines compétences déjà attendues deviennent beaucoup plus visibles.

D’autres sont considérablement renforcées.

Enfin, plusieurs notions apparaissent pour la première fois dans le référentiel officiel.

Cette évolution témoigne d’une volonté claire : faire évoluer le diplôme en même temps que les réalités du travail social.

Les transformations des politiques publiques, l’évolution des publics accompagnés, le développement des outils numériques, les enjeux environnementaux ou encore les nouvelles formes de coopération territoriale conduisent naturellement à redéfinir certaines attentes professionnelles.

Mais derrière ces évolutions se dessine surtout une transformation beaucoup plus profonde.

À mon sens, ce nouveau référentiel ne décrit plus uniquement un éducateur spécialisé capable d’accompagner une personne.

Il dessine progressivement le portrait d’un professionnel expert, capable d’analyser des situations complexes, de coordonner des parcours, de travailler à l’échelle d’un territoire, de contribuer aux politiques publiques et d’interroger en permanence ses propres pratiques.

Autrement dit, le cœur du métier demeure.

En revanche, la posture attendue évolue sensiblement.

Et c’est précisément cette évolution que je vais analyser, pour vous, dans la suite de cet article.


À première lecture, le nouveau référentiel peut donner l’impression d’une simple réorganisation des anciens domaines de compétences.

Les quatre domaines de compétences (DC) disparaissent au profit de quatre blocs de compétences (BC), dont certains reprennent très largement les attendus déjà connus des professionnels.

Cette nouvelle architecture pourrait laisser penser qu’il s’agit essentiellement d’un changement de présentation.

Pourtant, une analyse approfondie révèle une évolution beaucoup plus significative.

Les fondements historiques de la profession demeurent :

  • établir une relation éducative,
  • accompagner des personnes en situation de vulnérabilité,
  • favoriser leur autonomie,
  • travailler en équipe et inscrire son action dans un cadre éthique restent les piliers du diplôme.

Le référentiel rappelle d’ailleurs que l’éducateur spécialisé accompagne des personnes, des groupes ou des familles dans une démarche socio-éducative globale, en veillant au respect de leurs droits et en favorisant leur participation ainsi que leur autodétermination.

En revanche, la manière d’exercer cette profession évolue sensiblement.

L’éducateur spécialisé n’est plus uniquement attendu comme un professionnel de l’accompagnement.

Il devient progressivement un professionnel capable d’analyser son environnement, de coordonner des parcours complexes, de développer des coopérations territoriales, de produire une expertise, de contribuer à l’amélioration des politiques publiques et d’inscrire sa pratique dans une démarche permanente de réflexion.

Autrement dit, le référentiel élargit le périmètre d’intervention du professionnel.

Cette évolution apparaît dans l’ensemble des quatre blocs de compétences.

Elle constitue probablement le véritable fil conducteur de la réforme.

À la lecture du nouveau texte, un constat s’impose rapidement.

Les verbes employés ne sont plus exactement les mêmes que dans le précédent référentiel.

L’éducateur spécialisé ne se contente plus de mettre en œuvre des actions éducatives.

Même si certaines notions étaient déjà abordées, il est désormais attendu qu’il :

  • coordonne ;
  • coconstruise ;
  • formalise ;
  • documente ;
  • analyse ;
  • évalue ;
  • argumente ;
  • préconise ;
  • expérimente ;
  • développe ;
  • contribue.

Ce vocabulaire n’est pas anodin.

Il traduit une volonté claire de reconnaître l’éducateur spécialisé comme un professionnel disposant d’une véritable capacité d’analyse et d’expertise.

Le référentiel évoque ainsi la participation aux recherches-actions, la formulation de préconisations, le développement d’une expertise sectorielle, la réalisation de diagnostics territoriaux ou encore la diffusion d’informations professionnelles.

Ces attendus dépassent largement la seule relation éducative individuelle.

Ils témoignent d’une profession qui intervient désormais à plusieurs niveaux :

  • auprès des personnes accompagnées ;
  • auprès des équipes ;
  • auprès des partenaires ;
  • auprès des institutions ;
  • mais également à l’échelle d’un territoire.

Cette évolution me paraît particulièrement importante pour les futurs candidats à la VAE.

Car demain, il ne suffira probablement plus de démontrer que l’on accompagne efficacement une personne.

Il faudra également montrer comment cet accompagnement s’inscrit dans une réflexion plus globale, mobilise des partenaires, contribue à une dynamique institutionnelle et participe, à son niveau, aux transformations du territoire.

Cette réforme ne naît pas de manière isolée.

Elle s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large d’évolution des politiques publiques.

Depuis plusieurs années, le secteur social et médico-social connaît de profondes transformations.

Les établissements sont désormais engagés dans des démarches d’amélioration continue de la qualité.

Les recommandations de bonnes pratiques professionnelles occupent une place croissante.

Les parcours deviennent plus complexes.

Les publics présentent des besoins plus diversifiés.

Les coopérations interinstitutionnelles se développent.

Les professionnels sont amenés à intervenir dans des environnements de plus en plus mouvants.

Le nouveau référentiel semble traduire cette réalité.

L’éducateur spécialisé est invité à dépasser le seul périmètre de son établissement.

Il lui est demandé de comprendre les enjeux territoriaux, de développer des coopérations, de participer à des diagnostics partagés, d’intégrer les dimensions environnementales et de contribuer aux politiques de cohésion sociale.

Autrement dit, le professionnel n’est plus seulement un acteur de terrain.

Il devient également un acteur des transformations sociales.

Ce changement de perspective entraîne une évolution de la posture attendue.

L’ancien référentiel valorisait déjà la capacité d’analyse.

Le nouveau va beaucoup plus loin.

Il attend un professionnel capable de prendre du recul sur sa pratique, de questionner ses choix, d’argumenter ses décisions et d’accepter de remettre en question ses propres interventions.

La démarche réflexive devient une compétence professionnelle à part entière.

Le référentiel évoque ainsi :

  • la délibération éthique ;
  • le développement professionnel continu ;
  • les recherches-actions ;
  • l’expérimentation ;
  • l’analyse réflexive individuelle et collective.

Cette évolution est loin d’être anodine.

Elle traduit une conception du travail social dans laquelle l’expérience, aussi importante soit-elle, ne suffit plus.

L’expérience doit désormais être analysée, confrontée aux connaissances disponibles, enrichie par les échanges avec les pairs et constamment réinterrogée.

Cette logique rejoint pleinement l’esprit de la VAE.

Depuis toujours, un Livret 2 ne consiste pas à raconter son parcours.

Il consiste à démontrer que l’expérience est devenue compétence.

Le nouveau référentiel renforce encore cette exigence.

C’est probablement le point qui m’a le plus interpellée à la lecture du référentiel.

Tout laisse penser que les jurys attendront une démonstration plus approfondie des raisonnements professionnels.

La simple description des actions réalisées risque de montrer rapidement ses limites.

Le candidat devra expliquer :

  • pourquoi il a fait ce choix ;
  • quelles hypothèses il a envisagées ;
  • quelles alternatives existaient ;
  • quels partenaires il a mobilisés ;
  • comment il a évalué son intervention ;
  • quels ajustements il a opérés ;
  • quelles réflexions cette situation a fait émerger.

Autrement dit, le regard attendu se déplacera progressivement du « faire » vers le « penser son action ».

Et c’est probablement l’une des évolutions les plus importantes de cette réforme.

Même si nous étions déjà engagés dans ce style rédactionnel dans les VAE actuelles.


Avant d’analyser les principales évolutions du métier d’éducateur spécialisé, il me paraît essentiel de présenter la nouvelle architecture du diplôme.

En effet, lorsque l’on découvre le référentiel pour la première fois, on est naturellement tenté de comparer les anciens domaines de compétences aux nouveaux blocs de compétences afin d’identifier ce qui a changé.

Pourtant, je pense qu’il faut éviter cet exercice de correspondance systématique.

Cette réforme ne consiste pas simplement à renommer des domaines de compétences existants.

Elle propose une nouvelle manière d’appréhender le métier d’éducateur spécialisé, davantage centrée sur les compétences professionnelles attendues dans leur globalité et sur les réalités actuelles du terrain.

Je le disais précédemment, le nouveau référentiel s’articule désormais autour de quatre blocs de compétences, qui constituent le socle de la certification.

Chacun d’eux regroupe plusieurs compétences, connaissances et indicateurs d’évaluation qui permettront d’apprécier la maîtrise des attendus professionnels.

À première vue, cette nouvelle organisation peut sembler relativement proche de l’ancien référentiel.

Pourtant, au fil de ma lecture, j’ai rapidement constaté que les évolutions ne résident pas uniquement dans le découpage des blocs.

Elles se trouvent surtout dans les notions mises en avant, dans les compétences désormais attendues et dans la posture professionnelle qui se dessine progressivement tout au long du référentiel.

Avant d’analyser ces évolutions, je vous propose de découvrir la logique de chacun des quatre blocs de compétences.


Le premier bloc constitue, à mon sens, le cœur historique du métier d’éducateur spécialisé.

Il regroupe l’ensemble des compétences relatives à la construction de la relation éducative, à l’accueil, l’évaluation des besoins, les temps d’observation, à la conception d’un accompagnement individualisé et à la conduite des interventions éducatives auprès des personnes, des familles ou des groupes.

À la lecture du référentiel, j’ai toutefois été frappée par deux termes qui apparaissent dès l’intitulé du bloc : préventive et inclusive.

Ces deux notions traduisent une évolution importante de la profession.

L’accompagnement ne consiste plus uniquement à intervenir lorsque des difficultés sont déjà installées.

Il s’inscrit désormais dans une logique de prévention, d’anticipation et de repérage précoce des besoins.

De la même manière, l’inclusion ne constitue plus un objectif secondaire.

Elle devient une dimension transversale de l’ensemble de l’accompagnement éducatif.

Le professionnel est ainsi invité à construire des réponses favorisant la participation de la personne dans tous les espaces de la vie sociale, tout en tenant compte de son environnement, de ses ressources et de ses aspirations.

À mes yeux, ce premier bloc demeure le socle de l’identité professionnelle de l’éducateur spécialisé, mais il élargit sensiblement la manière de penser l’accompagnement.


C’est probablement le bloc qui a le plus retenu mon attention.

Non pas parce qu’il introduit des compétences totalement nouvelles, mais parce qu’il place l‘autodétermination au cœur même du diplôme.

Le choix de consacrer un bloc entier à cette notion est particulièrement révélateur de l’évolution actuelle du travail social.

L’éducateur spécialisé n’est plus uniquement attendu dans sa capacité à accompagner une personne.

Il est désormais attendu dans sa capacité à favoriser son pouvoir d’agir, à soutenir ses choix, à développer sa participation et à construire avec elle un accompagnement réellement partagé.

Mais ce bloc ne se limite pas à l’autodétermination.

Il met également en avant plusieurs dimensions qui, selon moi, prennent une importance nouvelle :

la réflexion éthique, l’analyse des pratiques, la posture réflexive, le développement professionnel continu et la capacité à faire évoluer ses interventions au regard des situations rencontrées.

Je reviendrai largement sur ce bloc dans la suite de cet article, car je pense qu’il constitue l’une des évolutions majeures de la réforme.


Le troisième bloc traduit, selon moi, une transformation importante du périmètre d’intervention de l’éducateur spécialisé.

Historiquement, le partenariat a toujours fait partie du métier.

Le travail en réseau également.

L’éducateur va chercher des compétences, au-delà de sa propre structure, pour apporter une complémentarité d’actions,

Et accompagner son public de la meilleure des manières.

Cependant, le nouveau référentiel va plus loin.

Il ne demande plus seulement de travailler avec différents partenaires.

Il attend du professionnel qu’il comprenne les dynamiques territoriales, qu’il participe à des diagnostics partagés, qu’il contribue au développement social local et qu’il inscrive son action dans les politiques publiques de cohésion sociale.

Cette évolution m’a particulièrement interpellée.

Elle montre que l’éducateur spécialisé est désormais reconnu comme un acteur à part entière du développement des territoires et non plus uniquement comme un professionnel intervenant auprès de personnes accompagnées.

Cette ouverture vers une approche plus collective et plus territoriale me paraît constituer l’une des grandes nouveautés du référentiel.


Le dernier bloc rassemble l’ensemble des compétences permettant au professionnel d’exercer dans un environnement institutionnel, réglementaire et organisationnel de plus en plus complexe.

On y retrouve naturellement les connaissances relatives au cadre juridique, aux politiques sociales, au travail en équipe ou encore au développement professionnel.

Mais ce bloc introduit également plusieurs thèmes particulièrement actuels.

Le numérique, la protection des données, la qualité, les démarches d’amélioration continue, la veille professionnelle ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle apparaissent désormais de manière explicite dans le référentiel.

J’y vois la volonté de reconnaître que l’éducateur spécialisé évolue aujourd’hui dans un environnement professionnel en constante mutation et qu’il doit être en capacité d’adapter ses pratiques sans jamais perdre de vue les valeurs fondatrices de son métier.

À mon sens, ce quatrième bloc dépasse largement les seules connaissances réglementaires.

Il vient rappeler que l’expertise professionnelle se construit également par une actualisation permanente des savoirs, une capacité d’adaptation et une réflexion continue sur les évolutions du secteur.

À ce stade de la lecture du référentiel, un constat s’impose.

Les quatre blocs de compétences ne constituent pas une simple réorganisation administrative du diplôme.

Ils traduisent une vision renouvelée de l’exercice professionnel.

Si les missions fondamentales de l’éducateur spécialisé demeurent inchangées, les compétences attendues s’élargissent progressivement vers davantage de coopération, d’analyse, de coordination, de réflexion éthique, d’expertise et d’ouverture sur les enjeux contemporains.

C’est précisément cette évolution que je vous propose d’analyser dans la suite de cet article.

Car au-delà de la nouvelle architecture du diplôme, c’est bien la conception même du métier qui semble évoluer.

Et c’est cette lecture transversale du référentiel qui me paraît particulièrement intéressante pour les futurs candidats à la VAE.


S’il fallait résumer le nouveau référentiel du diplôme d’État d’Éducateur spécialisé en un seul mot, ce serait probablement celui-ci :

l’autodétermination.

Cette notion apparaît à de nombreuses reprises dans le référentiel professionnel.

Elle ne constitue pas simplement une compétence supplémentaire parmi d’autres.

Elle devient progressivement le fil conducteur de l’ensemble de l’accompagnement éducatif.

Le bloc de compétences 2 lui est d’ailleurs entièrement consacré puisqu’il s’intitule « Favoriser et soutenir l’autodétermination des individus et des collectifs dans un but d’émancipation ».

Ce choix est loin d’être anodin.

Il traduit une évolution profonde de la conception même de l’accompagnement éducatif spécialisé.

Il serait tentant de considérer que l’autodétermination n’est qu’une nouvelle manière de parler de l’autonomie.

En réalité, ces deux notions sont complémentaires mais ne recouvrent pas la même réalité.

L’autonomie renvoie principalement à la capacité d’une personne à réaliser seule certains actes de la vie quotidienne.

L’autodétermination va beaucoup plus loin.

Elle désigne la capacité d’une personne à exercer un pouvoir d’agir sur sa propre existence, à faire des choix, à exprimer ses préférences, à participer aux décisions qui la concernent et à construire progressivement son parcours de vie, quelles que soient ses difficultés ou son niveau de vulnérabilité.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’aider une personne.

Il s’agit de créer les conditions qui lui permettront d’être pleinement actrice de son propre projet.

Cette philosophie irrigue l’ensemble du référentiel. Dès les premières pages, il est rappelé que l’éducateur spécialisé veille à favoriser « l’expression, la participation et l’autodétermination » des personnes accompagnées.

L’apparition de cette notion ne constitue pas une rupture avec les pratiques professionnelles.

Elle s’inscrit dans une évolution engagée depuis plusieurs années par les politiques publiques.

La participation des personnes accompagnées, le respect de leurs droits, la personnalisation des accompagnements et le développement du pouvoir d’agir occupent désormais une place centrale dans le secteur social et médico-social.

Le nouveau référentiel vient consacrer cette évolution.

Il rappelle que l’éducateur spécialisé ne construit plus un projet pour la personne.

Il construit un projet avec elle.

Cette nuance est essentielle.

Elle modifie profondément la posture professionnelle.

Le professionnel conserve naturellement son expertise.

Mais celle-ci ne s’exerce plus dans une logique descendante.

Elle s’exprime désormais dans une logique de coopération.

L’éducateur spécialisé devient un facilitateur.

Il éclaire, soutient, sécurise, propose des repères, mobilise des ressources, coordonne des partenaires, mais laisse autant que possible la personne prendre part aux décisions qui la concernent.

Cette évolution me paraît particulièrement intéressante.

Elle replace la personne accompagnée au centre du dispositif sans diminuer pour autant la responsabilité du professionnel.

À mon sens, c’est probablement ici que la réforme aura le plus d’impact sur les futurs dossiers de VAE.

Pendant longtemps, de nombreux candidats ont construit leurs situations professionnelles autour de la question suivante :

  • Qu’ai-je mis en œuvre pour accompagner cette personne ?

Cette approche restera évidemment pertinente.

Mais elle ne suffira probablement plus à démontrer l’ensemble des compétences attendues.

Le nouveau référentiel invite à déplacer le regard.

Le jury cherchera également à comprendre :

  • Comment la personne a-t-elle participé à l’élaboration de son projet (on évoquait déjà la notion de co-construction dans le référentiel actuel) ?
  • Comment ses choix ont-ils été recueillis et pris en compte ?
  • Quelles marges de décision lui ont été laissées ?
  • Comment le professionnel a-t-il favorisé son pouvoir d’agir ?
  • Comment les objectifs ont-ils été négociés ?
  • Quels ajustements ont été réalisés à partir de l’évaluation conduite avec la personne ?

Ces questions apparaissent directement dans les compétences et indicateurs du bloc 2, qui insistent sur la co-construction, la coévaluation, la participation et le soutien de la capacité d’agir.

Autrement dit, le candidat ne devra plus seulement démontrer ce qu’il sait faire.

Il devra montrer comment il permet à la personne de devenir actrice de son propre parcours.

Je pense qu’il existe un risque important lors des premières VAE fondées sur ce nouveau référentiel.

Certains candidats intégreront le terme « autodétermination » dans leur écrit… sans modifier leur manière de présenter leurs situations professionnelles.

Ils remplaceront simplement quelques mots.

Ils écriront :

« J’ai favorisé l’autodétermination de la personne. »

Mais le jury n’attendra pas un changement de vocabulaire.

Il attendra une démonstration, une posture.

Comment cette autodétermination s’est-elle traduite dans les faits ?

Quels espaces de décision ont été ouverts ?

Quels arbitrages ont été réalisés ?

Comment la personne, et possiblement sa famille, ont-t-elles été associées aux choix qui la concernaient ?

C’est dans ces éléments très concrets que résidera la qualité de la démonstration.

À mon sens, l’autodétermination ne devra pas être présentée comme un concept théorique supplémentaire.

Elle devra devenir le fil rouge de la manière dont le candidat raconte, analyse et justifie son accompagnement.


Si l’autodétermination constitue probablement le fil conducteur du nouveau référentiel, une seconde évolution mérite toute votre attention : la montée en puissance de la posture réflexive.

Cette notion n’est pas nouvelle.

Les éducateurs spécialisés ont toujours été invités à analyser leurs pratiques professionnelles, à prendre du recul sur leurs interventions et à inscrire leurs actions dans une démarche éthique.

Cependant, le nouveau référentiel franchit une étape supplémentaire.

La réflexion n’apparaît plus uniquement comme une qualité professionnelle souhaitable.

Elle devient désormais une compétence explicitement évaluée.

Pendant longtemps, l’expérience a constitué le principal marqueur de professionnalisation.

Plus un éducateur spécialisé rencontrait de situations complexes, plus il développait naturellement son expertise.

Cette logique demeure naturellement valable.

Mais le nouveau référentiel ajoute une exigence supplémentaire.

L’expérience ne suffit plus.

Elle doit être comprise.

Questionnée.

Analysée.

Qu’on se le dise, c’est une exigence que votre accompagnateur doit vous expliquer dans les différents styles rédactionnels mobilisables pour la rédaction de votre livret 2, déjà actuellement…

Vous êtes attendu dans votre capacité à donner du sens à votre action.

Cette évolution apparaît très clairement dans le bloc de compétences 2, qui prévoit notamment que l’éducateur spécialisé doit être capable de :

  • conduire une analyse réflexive et éthique ;
  • partager de manière critique sa pratique professionnelle avec l’équipe ;
  • participer à une délibération réflexive individuelle ou collective ;
  • développer des évolutions de sa pratique ;
  • et contribuer à des recherches-actions et à des expérimentations.

Ces formulations marquent une évolution importante.

Le référentiel ne cherche plus uniquement à savoir ce que fait le professionnel.

Il cherche également à comprendre comment il pense son intervention.

C’est probablement l’un des malentendus les plus fréquents.

Lorsque l’on parle d’analyse réflexive, certains professionnels imaginent immédiatement qu’il faut démontrer tout ce qui n’a pas fonctionné.

Il n’en est rien.

Être réflexif ne signifie pas se dévaloriser.

Il ne s’agit pas davantage de rechercher des erreurs à tout prix.

La posture réflexive consiste avant tout à être capable d’expliquer son raisonnement professionnel.

  • Pourquoi cette décision a-t-elle été prise ?
  • Quels éléments ont orienté l’analyse ?
  • Quelles hypothèses ont été envisagées, puis écartées ?
  • Quels dilemmes ont émergé ?
  • Comment la décision finale a-t-elle été construite ?

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de raconter une situation.

Il s’agit de rendre visible le cheminement intellectuel qui a conduit aux choix professionnels.

C’est précisément cette capacité d’explicitation qui caractérise un professionnel expérimenté.

Cette évolution de la posture réflexive s’accompagne d’un renforcement très net des dimensions éthiques.

Le référentiel évoque désormais la délibération éthique, les tensions rencontrées dans la pratique professionnelle, la confrontation des points de vue et le questionnement collectif.

Cette évolution traduit une réalité bien connue des éducateurs spécialisés.

Les situations rencontrées sur le terrain sont rarement totalement simples.

Elles mettent souvent en tension plusieurs principes :

  • protéger sans surprotéger ;
  • favoriser l’autonomie tout en garantissant la sécurité ;
  • respecter le choix d’une personne tout en tenant compte de sa vulnérabilité ;
  • préserver la confidentialité tout en partageant certaines informations indispensables au travail d’équipe.

Dans ces situations, il n’existe pas toujours une réponse parfaite.

Le professionnel est alors amené à arbitrer.

À argumenter.

À confronter son analyse avec celle de ses collègues.

À rechercher la solution la plus adaptée au regard de la situation rencontrée.

Cette capacité de discernement constitue désormais une compétence pleinement reconnue par le référentiel.

À mon sens, cette évolution aura une incidence directe sur la manière de rédiger un dossier de VAE.

Pendant de nombreuses années, certains candidats ont eu tendance à présenter leurs situations professionnelles sous une forme essentiellement descriptive.

Ils racontaient ce qu’ils avaient fait.

Ils expliquaient les différentes étapes de leur intervention.

Ils détaillaient les outils utilisés.

Cette approche permettait déjà de mettre en évidence de nombreuses compétences, même si elle débouche le plus souvent sur des validations partielles, par absence d’analyse attendue justement par votre jury.

Le nouveau référentiel laisse penser que cette démonstration devra désormais être encore enrichie.

Le jury cherchera vraisemblablement à comprendre :

  • comment le candidat a construit son analyse ;
  • quels questionnements ont émergé au cours de la situation ;
  • quelles références théoriques ou réglementaires ont éclairé sa réflexion ;
  • comment il a confronté ses observations avec celles de l’équipe ;
  • pourquoi certaines décisions ont été privilégiées plutôt que d’autres ;
  • quels enseignements professionnels il retire aujourd’hui de cette expérience.

Autrement dit, il ne suffira probablement plus de démontrer que l’on sait intervenir.

Il faudra montrer que l’on est capable d’analyser sa propre pratique et d’en tirer des enseignements transférables à d’autres situations.

Paradoxalement, cette réforme rapproche encore davantage le référentiel de la philosophie même de la VAE.

Vous l’aurez compris.

Depuis sa création, la Validation des Acquis de l’Expérience ne consiste pas à démontrer que l’on a travaillé plusieurs années.

Elle vise à reconnaître que cette expérience a permis de construire de véritables compétences professionnelles.

Or, une compétence ne se réduit jamais à un geste technique.

Elle suppose également une capacité d’analyse, d’adaptation et de prise de recul.

En renforçant la place de la réflexivité, le nouveau référentiel rappelle finalement une idée essentielle :

Un professionnel compétent n’est pas seulement celui qui agit efficacement.

C’est aussi celui qui comprend pourquoi il agit ainsi, qui sait expliquer ses choix et qui est capable de faire évoluer sa pratique lorsque la situation l’exige.

À mon sens, cette évolution constitue l’un des changements les plus structurants de la réforme.

Elle ne transforme pas le cœur du métier d’éducateur spécialisé, mais elle élève encore davantage le niveau d’analyse attendu des futurs professionnels… et, par conséquent, des candidats qui souhaiteront faire reconnaître leur expérience par la voie de la VAE.


Parmi les évolutions les plus marquantes du nouveau référentiel, l’introduction explicite du numérique et de l’intelligence artificielle constitue sans doute l’une des plus emblématiques.

Il ne s’agit pas simplement d’une actualisation du vocabulaire, le numérique ayant déjà une place dans le référentiel en vigueur.

Pour la première fois, le référentiel identifie clairement les compétences numériques comme une composante à part entière de l’exercice professionnel de l’éducateur spécialisé.

Au sein du bloc de compétences 4, plusieurs attendus apparaissent désormais explicitement :

  • distinguer les modalités de traitement des données à caractère personnel ;
  • prévenir et accompagner les situations de précarité numérique ;
  • accompagner les personnes vers l’autonomie numérique ;
  • identifier les enjeux liés à l’usage de l’intelligence artificielle ;
  • adopter les bonnes pratiques dans l’utilisation des plateformes numériques.

Cette évolution mérite d’être analysée avec attention.

Depuis plusieurs années, les pratiques professionnelles évoluent profondément.

Les établissements utilisent désormais des dossiers usagers informatisés.

Les transmissions sont largement dématérialisées.

Les équipes travaillent à distance sur certaines situations.

Les plateformes collaboratives se développent.

Les démarches administratives sont de plus en plus numériques.

Dans le même temps, l’intelligence artificielle fait progressivement son entrée dans de nombreux secteurs professionnels.

Le travail social ne pouvait naturellement pas rester totalement à l’écart de cette transformation.

Le nouveau référentiel prend simplement acte d’une réalité déjà présente sur le terrain.

L’éducateur spécialisé est aujourd’hui amené à évoluer dans un environnement numérique complexe qu’il doit être capable de comprendre, d’utiliser et d’interroger avec discernement.

À la lecture du référentiel, un point mérite d’être souligné.

Le texte ne demande jamais à l’éducateur spécialisé de devenir un spécialiste de l’intelligence artificielle.

Il ne lui demande pas davantage de maîtriser des outils techniques complexes.

En revanche, il attend du professionnel qu’il soit capable d’en comprendre les enjeux.

Cette nuance est essentielle.

Le véritable sujet n’est pas la technologie.

Le véritable sujet est la responsabilité professionnelle.

  • Comment garantir la confidentialité des données ?
  • Comment respecter le secret professionnel dans un environnement numérique ?
  • Comment utiliser certains outils sans porter atteinte aux droits des personnes accompagnées ?
  • Comment prévenir les risques liés à une utilisation inadaptée de ces technologies ?
  • Ces interrogations traduisent finalement une préoccupation ancienne du travail social : protéger la personne.

Les outils évoluent.

Les principes, eux, demeurent.

L’une des nouveautés les plus intéressantes du référentiel réside probablement dans la reconnaissance de la précarité numérique.

Pendant longtemps, les difficultés d’accès aux droits étaient principalement analysées sous l’angle des ressources financières, du logement, de la santé ou de l’insertion professionnelle.

Aujourd’hui, une nouvelle forme d’exclusion apparaît.

Certaines personnes ne disposent pas des compétences nécessaires pour utiliser les outils numériques.

C’est un fait.

D’autres n’ont pas accès à un équipement adapté.

Certaines rencontrent des difficultés pour réaliser des démarches administratives devenues entièrement dématérialisées.

Le référentiel invite donc l’éducateur spécialisé à repérer ces situations et à accompagner progressivement les personnes vers davantage d’autonomie numérique.

Cette évolution est particulièrement cohérente avec la mission historique de la profession.

Favoriser l’autonomie ne consiste plus uniquement à accompagner les actes de la vie quotidienne.

Cela implique désormais de permettre aux personnes d’exercer pleinement leur citoyenneté dans une société où une partie croissante des droits s’exerce par l’intermédiaire du numérique.

Quelles conséquences pour un candidat à la VAE ?

À mon sens, cette évolution ne signifie absolument pas que chaque candidat devra consacrer une situation entière à l’intelligence artificielle. Surtout pas !

En revanche, il deviendra probablement pertinent de montrer que le numérique fait désormais partie intégrante de l’environnement professionnel.

Concrètement, cela peut se traduire par des exemples très variés :

  • l’utilisation d’un logiciel de suivi des accompagnements ;
  • la sécurisation des informations partagées avec les partenaires ;
  • l’accompagnement d’une personne dans une démarche administrative en ligne ;
  • la sensibilisation aux risques liés aux réseaux sociaux ;
  • l’utilisation raisonnée d’outils numériques dans l’accompagnement éducatif.

Le jury ne cherchera vraisemblablement pas à évaluer les compétences informatiques du candidat.

Il cherchera davantage à comprendre comment celui-ci mobilise les outils numériques dans le respect des principes éthiques et du cadre réglementaire.

Les annexes pédagogiques, témoignant de vos actions, seront donc les bienvenues en fin de livret 2.

L’apparition de l’intelligence artificielle dans le référentiel suscite naturellement de nombreuses interrogations.

  • Peut-on utiliser ces outils dans sa pratique professionnelle ?
  • Peuvent-ils aider à construire une réflexion ?
  • Comment les intégrer sans dénaturer l’accompagnement éducatif ?

À ce jour, le référentiel ne répond pas directement à ces questions.

En revanche, il rappelle implicitement un principe fondamental : l’éducateur spécialisé demeure responsable de ses analyses, de ses décisions et des accompagnements qu’il met en œuvre.

L’intelligence artificielle peut constituer une aide.

Elle peut faciliter certaines recherches documentaires, contribuer à organiser des idées ou accompagner la réflexion.

Mais elle ne remplace ni l’observation clinique, ni la relation éducative, ni le discernement professionnel.

Elle ne peut pas davantage se substituer à l’analyse singulière d’une situation ou à la prise en compte de l’histoire d’une personne.

À mon sens, c’est précisément cette vigilance que traduit le nouveau référentiel.

L’enjeu est de savoir quand, pourquoi et dans quelles limites elle peut constituer un outil au service de l’accompagnement.

Finalement, l’apparition du numérique et de l’intelligence artificielle dans le référentiel dépasse largement la question technologique.

Elle illustre une idée beaucoup plus générale.

L’éducateur spécialisé exerce dans une société en perpétuelle évolution.

Les outils changent.

Les modes de communication évoluent.

Les risques émergent.

Les besoins des personnes accompagnées se transforment.

Le professionnel est donc invité à adapter continuellement sa pratique, tout en conservant les valeurs fondatrices de son métier.

C’est probablement là le véritable message porté par cette réforme : les moyens évoluent, mais la finalité demeure inchangée : accompagner la personne dans le respect de ses droits, de sa dignité et de son pouvoir d’agir.


Parmi les évolutions qui m’ont le plus marquée à la lecture du nouveau référentiel, l’une d’elles me paraît pourtant encore relativement peu commentée.

Elle ne figure pas dans les titres des vidéos consacrées à la réforme.

Elle ne fait pas la une des publications.

Et pourtant, je suis convaincue qu’elle traduit une évolution profonde de la profession.

Le nouveau référentiel reconnaît désormais pleinement l’éducateur spécialisé comme un acteur des dynamiques territoriales et des politiques de cohésion sociale.

Cette évolution est particulièrement visible dans le bloc de compétences 3, consacré au travail partenarial et territorial.

Mais, à mon sens, elle dépasse largement ce seul bloc.

Elle traverse l’ensemble du référentiel.

Elle redéfinit progressivement la place de l’éducateur spécialisé dans notre société.

Pendant longtemps, l’image de l’éducateur spécialisé a été principalement associée à la relation éducative.

Accompagner une personne, soutenir une famille, conduire un projet éducatif individualisé : ces missions demeurent naturellement au cœur du métier.

Elles constituent même son identité.

Le nouveau référentiel ne remet absolument pas cela en cause.

En revanche, il rappelle que les difficultés rencontrées par les personnes ne peuvent plus être comprises uniquement à travers leur situation individuelle.

Leurs parcours sont influencés par de nombreux facteurs :

  • l’accès aux droits ;
  • l’offre de services présente sur le territoire ;
  • les politiques publiques locales ;
  • les ressources associatives ;
  • les réseaux de partenaires ;
  • les dynamiques sociales, économiques ou environnementales.

Autrement dit, accompagner une personne suppose également de comprendre l’environnement dans lequel elle évolue.

Cette approche, déjà présente dans les pratiques de nombreux professionnels, est désormais pleinement reconnue dans le référentiel.

Le travail en partenariat n’est évidemment pas une nouveauté.

Depuis toujours, l’éducateur spécialisé coopère avec les familles, les établissements scolaires, les services sociaux, les professionnels de santé, les collectivités ou encore le secteur associatif.

Cependant, j’ai le sentiment que le nouveau référentiel change d’échelle.

Il ne s’agit plus seulement de mobiliser des partenaires autour d’une situation individuelle.

Le professionnel est invité à comprendre les logiques qui structurent son territoire, à participer à des diagnostics partagés, à contribuer à des projets collectifs et à inscrire son action dans une dynamique de développement social.

Cette évolution est loin d’être anodine.

Elle traduit une conception plus globale du travail social.

L’éducateur spécialisé n’agit plus uniquement dans un territoire.

Il agit également avec le territoire.

Parmi les nouveautés qui ont retenu mon attention figure la référence explicite au diagnostic territorial.

À première lecture, cette notion peut sembler éloignée du quotidien de certains professionnels.

Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, elle est déjà présente dans de nombreuses pratiques.

Observer les besoins d’un quartier.

Identifier les ressources locales.

Repérer les dispositifs existants.

Comprendre les attentes d’un public.

Analyser les évolutions démographiques ou sociales.

Toutes ces démarches participent déjà, d’une certaine manière, à une lecture du territoire.

Le nouveau référentiel leur donne aujourd’hui une véritable reconnaissance professionnelle.

À mon sens, cette évolution est particulièrement intéressante.

Elle montre que l’expertise de l’éducateur spécialisé ne se construit plus uniquement dans la relation éducative.

Elle repose également sur sa capacité à comprendre les réalités sociales qui entourent les personnes accompagnées.

C’est probablement l’un des changements que je trouve les plus intéressants.

Le nouveau référentiel invite progressivement le professionnel à adopter une lecture plus systémique des situations.

Autrement dit, il ne s’agit plus uniquement de comprendre les difficultés rencontrées par une personne.

Il s’agit également d’interroger les facteurs institutionnels, environnementaux, économiques, culturels ou territoriaux susceptibles d’influencer son parcours.

Cette approche rejoint pleinement les évolutions récentes des politiques publiques.

Elle rappelle que les réponses apportées aux personnes ne peuvent être efficaces que si elles tiennent compte de leur environnement.

Le territoire devient alors une ressource.

Il n’est plus simplement le lieu où s’exerce l’accompagnement.

Il participe lui-même à la construction des réponses éducatives.

Cette évolution aura des répercussions très concrètes sur la manière de valoriser son expérience professionnelle.

Jusqu’à présent, de nombreux candidats présentaient leurs situations essentiellement sous l’angle de la relation éducative.

Ils décrivaient les besoins d’une personne, les objectifs fixés, les actions conduites et les résultats obtenus.

Cette approche restera naturellement indispensable.

Mais le nouveau référentiel laisse penser que le jury sera également attentif à la manière dont le candidat situe son intervention dans un environnement plus large.

Pour exemple :

  • Pourquoi avoir mobilisé ce partenaire plutôt qu’un autre ?
  • Quelles ressources du territoire ont été identifiées ?
  • Comment les politiques publiques ont-elles influencé le projet ?
  • Quels acteurs ont été associés à la réflexion ?
  • Comment la coopération a-t-elle permis d’améliorer l’accompagnement proposé ?

Ces questions traduisent une évolution importante.

Le candidat ne sera plus uniquement invité à démontrer qu’il sait accompagner une personne.

Il devra également montrer qu’il comprend le système dans lequel cette personne évolue et qu’il sait mobiliser les ressources disponibles pour construire des réponses adaptées.

Plus j’avance dans la lecture de ce nouveau référentiel, plus une conviction se renforce.

Cette réforme ne transforme pas l’identité de l’éducateur spécialisé.

Elle reconnaît simplement une réalité déjà bien présente sur le terrain.

Les professionnels du travail social ne sont pas uniquement des accompagnateurs individuels.

Ils participent chaque jour à la construction de réponses collectives, au développement des territoires, au renforcement des partenariats et à l’amélioration des politiques de cohésion sociale.

À mes yeux, le nouveau référentiel vient enfin donner une visibilité à cette dimension du métier.

Et je dois reconnaître que c’est probablement l’une des évolutions que je trouve les plus pertinentes.

Car elle rappelle une idée essentielle.

Accompagner une personne, ce n’est jamais agir seul.

C’est comprendre un environnement, mobiliser des ressources, construire des coopérations et contribuer, à son niveau, à une société plus inclusive.


Parmi les nouveautés du référentiel, la transition écologique est sans doute celle qui surprendra le plus de candidats.

À première lecture, certains pourraient s’interroger sur la place de cette notion dans le diplôme d’État d’éducateur spécialisé.

  • Quel lien existe-t-il entre l’accompagnement éducatif et les enjeux environnementaux ?
  • Pourquoi cette compétence apparaît-elle désormais dans un référentiel consacré au travail social ?

Ces questions sont légitimes.

Pourtant, je ne pense pas que cette évolution soit anecdotique.

Au contraire, elle traduit une transformation profonde de la manière dont sont aujourd’hui envisagées les politiques publiques et les interventions sociales.

Le référentiel invite désormais les professionnels à intégrer les enjeux de la transition écologique dans leurs pratiques et dans leurs projets d’accompagnement.

Depuis plusieurs années, les établissements sociaux et médico-sociaux sont eux aussi concernés par les enjeux environnementaux.

Gestion des déchets.

Achats responsables.

Alimentation durable.

Mobilité.

Sobriété énergétique.

Sensibilisation des publics.

Conception des projets d’établissement.

Ces sujets occupent progressivement une place plus importante dans les organisations.

Le travail social n’évolue pas en marge de ces transformations.

Il y participe.

Le nouveau référentiel prend simplement acte de cette réalité.

L’éducateur spécialisé est désormais invité à intégrer cette dimension dans sa réflexion professionnelle.

Non pas comme une mission supplémentaire, mais comme une composante des accompagnements qu’il construit au quotidien.

À mon sens, il serait réducteur de considérer que cette évolution consiste uniquement à demander aux professionnels de trier les déchets ou d’économiser l’énergie.

Le référentiel me paraît porter une ambition beaucoup plus large.

La transition écologique est abordée comme un enjeu collectif, susceptible d’avoir des conséquences directes sur les conditions de vie des personnes accompagnées.

Certaines populations sont plus exposées à la précarité énergétique.

D’autres rencontrent des difficultés de mobilité.

Certaines vivent dans des environnements dégradés ou connaissent des inégalités d’accès à un cadre de vie favorable.

Autrement dit, les questions environnementales deviennent également des questions sociales.

Cette articulation entre écologie et justice sociale me semble particulièrement intéressante.

Elle rappelle que les politiques environnementales ne peuvent être pensées indépendamment des réalités humaines.

Dans la pratique, cette évolution ouvre de nombreuses perspectives.

Elle peut conduire les professionnels à intégrer davantage les questions environnementales dans leurs projets éducatifs.

Cela peut prendre des formes très diverses :

  • développer des ateliers autour de l’alimentation durable ;
  • sensibiliser à la réduction des déchets ;
  • favoriser les mobilités douces lorsque cela est possible ;
  • construire des projets de jardin partagé ;
  • encourager le réemploi ou la réparation ;
  • réfléchir collectivement aux impacts environnementaux de certaines pratiques institutionnelles.

Ces exemples ne constituent évidemment pas une liste d’obligations.

Ils illustrent simplement la diversité des actions susceptibles de s’inscrire dans cette nouvelle dynamique.

À mes yeux, l’enjeu n’est pas de transformer l’éducateur spécialisé en spécialiste de l’écologie.

Il est de lui permettre d’intégrer cette dimension lorsque celle-ci fait sens au regard des besoins des personnes accompagnées et des projets conduits.

Je ne pense pas que les futurs jurys attendront systématiquement une situation professionnelle consacrée à la transition écologique.

En revanche, il me paraît probable qu’ils seront attentifs à la capacité du candidat à montrer qu’il comprend les évolutions de son environnement professionnel.

Un candidat qui aura participé à un projet de développement durable dans son établissement, à une réflexion institutionnelle sur les pratiques responsables ou à une action de sensibilisation pourra naturellement valoriser cette expérience.

Mais l’essentiel n’est probablement pas là.

Ce qui me paraît surtout attendu, c’est la capacité à démontrer que l’accompagnement éducatif s’inscrit aujourd’hui dans une vision plus globale des enjeux de société.

Le professionnel n’agit plus uniquement auprès des personnes.

Il contribue également, à son niveau, à construire un environnement plus inclusif, plus durable et plus respectueux des ressources.

Je dois reconnaître que cette évolution m’a d’abord surprise.

Puis, au fil de la lecture du référentiel, elle m’est apparue particulièrement cohérente.

Depuis plusieurs années, le travail social est confronté à des problématiques de plus en plus complexes.

Les difficultés sociales, économiques, sanitaires et environnementales s’entrecroisent.

Il devient donc difficile d’accompagner une personne sans tenir compte du contexte dans lequel elle évolue.

À mes yeux, le nouveau référentiel ne demande pas à l’éducateur spécialisé de devenir un expert de la transition écologique.

Il reconnaît simplement que les enjeux environnementaux font désormais partie du contexte dans lequel s’exerce le travail social.

Et c’est probablement cette idée qu’il faudra retenir.

La transition écologique ne constitue pas une mission supplémentaire.

Elle devient progressivement un élément du contexte professionnel que l’éducateur spécialisé doit être en mesure de comprendre, d’intégrer et, lorsque cela est pertinent, de prendre en compte dans ses accompagnements.

Si je devais résumer cette évolution en une phrase, je dirais que le nouveau référentiel élargit progressivement le regard porté sur les situations.

L’éducateur spécialisé n’est plus seulement invité à analyser une personne ou une famille.

Il est également amené à prendre en considération l’ensemble des facteurs susceptibles d’influencer son parcours : les dimensions sociales, économiques, territoriales, numériques… mais aussi environnementales.

À mon sens, c’est cette approche globale qui constitue l’une des grandes richesses de la réforme.

Elle ne modifie pas les valeurs du métier.

Elle en élargit simplement le champ de compréhension.


Au terme de cette analyse, une idée s’est progressivement imposée à moi.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne crois pas que cette réforme bouleverse le métier d’éducateur spécialisé.

Les valeurs fondatrices de la profession demeurent inchangées.

La relation éducative.

L’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité.

Le respect des droits.

L’émancipation.

L’inclusion.

Le travail en équipe, en réseau et en partenariat,

L’engagement éthique.

Tous ces éléments continuent de constituer le socle de l’identité professionnelle de l’éducateur spécialisé.

En revanche, le nouveau référentiel reconnaît pleinement une réalité que de nombreux professionnels vivent déjà au quotidien.

Les situations accompagnées sont de plus en plus complexes.

Les parcours mobilisent davantage de partenaires.

Les établissements évoluent.

Les attentes sociétales changent.

Les outils numériques se développent.

Les politiques publiques se transforment.

Les enjeux environnementaux prennent une place croissante.

Dans ce contexte, le rôle de l’éducateur spécialisé ne peut plus se limiter à la seule relation d’aide.

Il devient progressivement un professionnel capable de coordonner des parcours, d’analyser des situations complexes, de travailler en réseau, de participer aux dynamiques territoriales, d’interroger ses pratiques et de contribuer, à son niveau, à l’évolution du travail social.

À mes yeux, c’est probablement le véritable message porté par cette réforme.

Le référentiel ne demande pas aux éducateurs spécialisés de devenir un autre professionnel.

Il reconnaît simplement que leur métier s’est enrichi au fil des années et que leurs compétences dépassent aujourd’hui largement le seul accompagnement éducatif individuel.

Les premiers jurys organisés selon ce nouveau référentiel permettront progressivement d’identifier les attentes qui se préciseront au fil des années.

En revanche, plusieurs enseignements me paraissent déjà se dégager.

Le candidat sera probablement amené à expliciter plus finement ses raisonnements professionnels, ses choix, ses arbitrages, les coopérations mises en œuvre et les réflexions qui ont guidé son intervention.

Autrement dit, il ne s’agira plus uniquement de démontrer que l’on sait agir.

Il faudra également montrer que l’on comprend pourquoi l’on agit ainsi.

C’est l’essence même de la VAE.

Depuis sa création, la VAE ne consiste pas à raconter un parcours professionnel.

Elle vise à démontrer que l’expérience est devenue compétence.

Le nouveau référentiel semble aujourd’hui renforcer encore davantage cette exigence.

En préparant cet article, j’ai naturellement relu plusieurs fois le référentiel professionnel.

J’ai également pris le temps de confronter cette lecture à mon expérience de l’accompagnement des candidats à la VAE dans les diplômes du travail social.

Plus j’avançais, plus une conviction s’est installée.

Cette réforme ne doit pas être abordée avec inquiétude.

Elle doit être comprise.

Car derrière les nouveaux intitulés de blocs de compétences et les nouvelles formulations, j’y retrouve finalement ce qui fait depuis toujours la richesse du métier d’éducateur spécialisé.

La capacité à créer une relation de confiance.

À accompagner sans faire à la place.

À mobiliser les ressources d’une personne.

À travailler avec les familles, les équipes et les partenaires.

À questionner sa pratique.

À continuer d’apprendre.

À s’adapter aux évolutions de la société sans jamais perdre de vue les valeurs qui fondent le travail social.

C’est précisément cette capacité d’adaptation que ce nouveau référentiel vient aujourd’hui reconnaître.

Et, à titre personnel, je trouve cette évolution particulièrement intéressante.

Si vous êtes actuellement engagé dans une démarche de Validation des acquis de l’expérience, je vous inviterais à ne pas vous focaliser uniquement sur les changements de vocabulaire du nouveau référentiel.

Prenez plutôt le temps de vous interroger sur votre propre pratique.

  • Comment construisez-vous vos accompagnements ?
  • Comment associez-vous réellement les personnes aux décisions qui les concernent ?
  • Comment analysez-vous vos interventions ?
  • Comment travaillez-vous avec les partenaires ?
  • Comment faites-vous évoluer vos pratiques au fil de votre expérience ?

Ce sont probablement ces questions qui permettront demain de mettre pleinement en valeur votre parcours professionnel.

Car un référentiel évolue.

Les modalités de certification évoluent.

Les blocs de compétences évoluent.

Mais une chose demeure.

La richesse de votre expérience professionnelle reste le premier support de votre démonstration.

Je vous souhaite de valider votre DEES, et de rejoindre l’équipe des éducateurs spécialisés diplômés et reconnus par la VAE !

Tous mes voeux de succès.

Alexandra

Accompagnatrice VAE

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