Oui je sais : paradoxe total !

Je suis Accompagnatrice VAE, et j’ai détesté ma propre VAE.

Pas à cause du diplôme.

Pas à cause du niveau.

Mais à cause de tout ce qu’on ne m’a pas dit avant.

J’étais pourtant censée être bien entourée : accompagnement financé, cadre universitaire rassurant, expérience pro solide.

Et pourtant… je me suis sentie paumée, seule, illégitime, du début à la fin !

J’ai couru après le temps, bâclé des écrits, assisté à des ateliers collectifs inutiles en posant des journées de congés, et passé des semaines à douter de ce que je valais vraiment.

Aujourd’hui, presque une décennie plus tard, j’accompagne des candidats à la VAE.

Je connais les attendus, les leviers, les pièges.

Je me balade dans cette démarche.

C’est mon terrain de jeu.

Mais je n’ai pas oublié : je n’ai RIEN oublié !

Je n’ai pas oublié ce que c’est que de pleurer devant un livret vide, de fatigue.

Je n’ai pas oublié le regard vide d’un accompagnant qui ne comprend pas mon métier,

Qui n’a pas de réponses à mes questions,

Parce qu’il accompagne peut-être trop de secteurs d’activités.

On ne va pas voir un généraliste, quand on a un problème de cœur, n’est-ce pas ?

Je n’ai pas oublié cette honte bizarre d’avoir un poste à responsabilité… et de ne pas réussir à “le raconter”.

Alors aujourd’hui, je pose les cartes sur la table.

Voici ce que j’ai vraiment vécu.

Sans filtre.

Je vous donnerai aussi ce que j’applique aujourd’hui dans les accompagnements VAE,

Pour tenter d’adoucir la démarche, autant que possible.


On m’avait dit : “Tu vas voir, avec un accompagnement, tu seras guidée.”

Des étapes claires, des conseils, un chemin à suivre.

Ce que j’ai vécu, c’est l’inverse : plus j’avançais, plus je doutais.

Chaque échange me laissait avec plus de questions que de réponses.

– Est-ce que je suis sur la bonne voie ?

– Est-ce que ce que j’écris est pertinent ?

– Est-ce que je réponds vraiment aux attendus du jury ?

Silence radio.

Flou artistique.

Retour générique.

Et surtout : aucune stratégie claire.

Je pensais qu’on allait m’aider à penser mon parcours comme un projet, à m’armer, à me situer.

En réalité, on me demandait juste d’écrire, de remplir, de lire.

Et si je posais des questions de fond, on me renvoyait vers… le référentiel !

Merci, mais je l’ai déjà lu.

Sauf que lui et moi, on ne sait pas trop se parler !

Ce que j’ai compris après coup

Un accompagnement financé, ce n’est pas forcément un bon accompagnement.

Le prix n’a rien à voir avec la valeur.

Et l’intitulé “VAE” ne garantit pas la compétence pédagogique, encore moins l’écoute fine de ce que vous vivez.

Je passe sur le sujet de la Certification QUALIOPI des organismes de formation, qui n’est en RIEN, un gage de qualité et d’expertise.

Sortez un billet, déléguez votre audit à un cabinet spécialisé, qui s’arrangera pour remanier vos preuves, et le tour est joué !

C’est comme si vous déléguiez votre VAE à une autre personne, et étiez diplômé en fin de parcours.

La compétence n’est alors pas avérée du tout.

Cela n’a aucune valeur..

Ce que je transmets aujourd’hui à mes candidats ?

On n’avance pas tant qu’on n’a pas clarifié les attendus.

On ne produit pas tant qu’on n’a pas compris à quoi sert chaque rubrique du livret.

Et surtout, on ne reste pas seul face dans le brouillard.

On pose des questions : il n’y a aucune questions stupides.

Des questions arriveront tout au long de la démarche,

Il vous faut des réponses et une réactivité.


Je pourrais dire que j’ai “fait de mon mieux”.

Mais non.

Ce que j’ai fait, c’est caler des heures de VAE entre deux réunions, entre deux lessives, entre deux coups de fatigue.

Et même, dans l’avion/train de retour de mes déplacements.

Résultat : j’écrivais à l’arrache.

Je relisais à moitié.

Je validais certains concepts que je n’avais même pas pris le temps d’assimiler,

Pour proposer une belle bibliographie dans mon dossier !

Et satisfaire le collège enseignant de l’université.

Tu parles !

Et tout ça avec une boule au ventre, parce que je savais que je valais mieux que ce que j’étais en train de livrer.

Et qu’en cas de questions lors de l’oral, je serai coincée.

Le pire ? C’est que ce n’était pas une question de volonté.

C’était une question de vie réelle : un job prenant, une vie de famille dense, une charge mentale constante.

La VAE, dans ce chaos, devenait une tâche de plus.

Un fardeau.

Un “à rendre” de plus sur ma to-do list.

Ce n’est que lorsque j’ai démissionné de mes fonctions, que j’ai pu finaliser mon écrit dans de bonnes conditions, en un peu moins deux mois, et à plein temps sur ce sujet, avant de reprendre de nouvelles fonctions.

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise ?

La VAE ne se case pas dans les miettes de ton planning.

Elle demande un vrai choix.

Un vrai cadre.

Une priorisation.

Sinon, tu écris… mais tu n’intègres rien.

Tu produis… mais tu ne comprends pas ce que tu fais.

Ce que je dis aujourd’hui à mes candidats ?

Vous ne pouvez pas tout mener de front sans faire des concessions !

Et je vais me permettre de vous tutoyer pour la suite, afin de gagner en impact.

Alors :

Choisis ton moment.

Bloque du temps.

Fais-toi accompagner par quelqu’un qui respecte ton rythme, mais pas tes excuses.

Quelqu’un qui te construit un planning prévisionnel, basé sur ton échéance et qui te relancera.

Parce qu’à force de bâcler, tu finis par te bâcler toi-même.


Je me souviens très bien de ce moment : il fallait préparer une présentation personnelle pour l’oral.

Un truc structuré, incarné, percutant.

Sauf que… je l’ai faite entièrement seule.

L’université proposait un atelier collectif.

Sur le papier, c’était censé m’aider.

En réalité ?

Pas de retour individuel. Pas de feedback. Aucun regard critique.

Juste une animation générale, et cette impression désagréable de devoir improviser un exercice crucial, sans boussole, avec un vague plan suggéré.

J’ai présenté mon pitch une fois, à voix haute, devant des gens que je ne connaissais pas.

Et puis… plus rien.

Personne pour me dire si j’étais claire.

Personne pour me dire ce qui était trop flou, trop long, trop scolaire.

J’ai terminé cet atelier avec une seule certitude :

C’était important.

Et j’étais seule à devoir comprendre comment bien le faire.

Si vous vous reconnaissez là-dedans, je vais vous dire une chose : ce n’est pas votre faute.

L’oral de VAE ne se prépare pas en recopiant un plan trouvé sur internet ou en récitant un texte écrit à la va-vite.

Il se travaille en profondeur.

Ce que je transmets aujourd’hui dans mes accompagnements individualisés ?

On ne joue pas à l’oral.

On ne récite pas.

On se positionne, on s’affirme, on raconte avec conscience.

On sélectionne les compétences pour coller au référentiel du diplôme.

On motive ses choix pour son écrit.

On parle projet, avenir !

La VAE est un outil, au service de votre vie professionnelle.


Je manageais une centaine de personnes.

J’étais responsable d’un centre de gestion.

Je prenais des décisions, j’assumais des enjeux, je portais des projets.

Et pourtant… face à mon livret de VAE, je me sentais illégitime.

Chaque mot que j’écrivais, je le remettais en question.

Est-ce que c’est assez ? Est-ce que c’est pertinent ? Est-ce que ça mérite un master 2 ?

J’avais l’impression de forcer le trait, de me vendre, de tricher presque… alors que je racontais simplement ce que je faisais tous les jours.

C’est ça, le paradoxe violent de la VAE :

On vous demande de formaliser ce que vous êtes déjà… et en le faisant, vous doutez de l’être réellement.

Ce que j’ai compris ?

Le système VAE est construit autour d’un vocabulaire, d’un regard académique, d’un formalisme qui peut vous écraser si vous n’avez pas les bons repères.

Et si personne ne vous aide à faire le lien entre ce que vous faites et ce que l’on attend dans le référentiel, le doute s’installe. Il gangrène tout.

Aujourd’hui, je le dis clairement à mes candidats :

Si vous vous sentez imposteur dans cette démarche, c’est que le cadre ne vous a pas permis de vous sentir légitime dans la traduction de votre expérience.

On ne vous demande pas d’être parfait.

On vous demande d’être conscient, précis, assumé.

De prendre de la distance avec votre vécu, d’analyser votre pratique.

De retracer vos choix, de décrypter aussi votre réflexion.

Et pour ça, vous avez besoin de quelqu’un qui évalue vos écrits, vous délivre des outils, et vous pousse dans votre développement par du questionnement.


Personne autour de moi ne faisait de VAE, durant mon parcours.

Personne pour partager un doute, une victoire, une galère.

Personne pour comprendre ce que c’est que d’essayer de justifier des années d’expérience à travers un livret normé.

Je ne m’en rendais pas compte au début.

Je pensais que c’était une démarche personnelle, individuelle, un peu introspective.

Mon petit jardin secret.

Mais très vite, j’ai senti le vide.

Pas de groupe.

Pas d’échange d’astuces.

Pas de soutien moral.

Juste moi, mon ordi, et cette impression d’être seule au monde avec un Everest à grimper.

Ce que j’ai appris à mes dépens ?

La solitude isole, mais elle désorganise aussi.

Sans miroir, sans comparaison, sans résonance… on perd en lucidité.

On ne voit plus ce qui est clair, ce qui est confus, ce qui est puissant.

Et on finit par croire que ce qu’on vit est anormal, alors que c’est juste… typique d’une VAE.

Aujourd’hui, je tente de créer du lien entre les candidats que j’accompagne, même à distance.

Parce que vous n’êtes pas seul à vivre ces phases de doute, de flemme, de découragement ou de colère.

Et parfois, un simple échange avec une autre personne suffit à recharger votre énergie, relancer votre motivation, ou recentrer votre discours.

A comprendre que le doute fait partie de l’écriture.

J’ai également créé un groupe d’entraide, réservé aux candidats que j’accompagne.

La VAE est un processus personnel, oui.

Mais elle gagne aussi en puissance quand elle est vécue collectivement.


J’ai dit “oui” à la première offre venue, à l’accompagnement proposé par la faculté.

Parce que je ne savais même pas qu’il y’avait d’autres offres, parce que c’était institutionnel, parce que je pensais que ça suffisait.

Erreur.

Les sessions étaient collectives, avec un temps individuel dérisoire.

La relecture de mes écrits ? Minimale.

Critique ? Inexistante.

J’ai découvert trop tard que ce type d’accompagnement ne correspondait pas à mes besoins réels.

J’avais besoin de suivi ciblé, exigeant, personnel.

Pas d’un format industriel et impersonnel.

Ce que j’aurais voulu savoir ?

Que tous les accompagnements VAE ne se valent pas.

Que le choix de votre accompagnant est une décision stratégique, pas une formalité.

Que vous pouvez (et devez) exiger des retours critiques sur vos écrits, une approche adaptée à votre parcours et diplôme.

Ce que je transmets à mes candidats ?

Ne laissez pas votre réussite au hasard d’un accompagnement mal calibré.

Renseignez-vous, questionnez, testez.

Faites de cet accompagnement un vrai levier, pas une case à cocher.

Prenez le temps de comparer, de poser des questions.

Un accompagnateur peut être bon dans un domaine, et incompétent dans un autre.

Je suis personnellement totalement incompétente pour accompagner dans certains domaines (exemple : l’industrie) et n’accompagne désormais que sur quelques diplômes.


Mais un combat qui vaut la peine.

Ma VAE, je l’ai détestée.

Parce qu’elle m’a mis face à mes failles, mes doutes, mes limites.

Elle fait ressortir tout ce que vous n’avez pas traité durant tout ce temps,

Et parfois que vous ne deviniez même pas !

Le manque de confiance,

La honte de ne pas avoir fait davantage d’études,

De ne pas lire assez d’ouvrages…

De ne pas savoir « bien rédiger », « bien formuler ».

Elle m’a exposée à la solitude, à l’imposture, au découragement.

Mais je l’ai aussi aimée.

Parce qu’elle m’a forcée à me regarder en face.

Un bon coup de pied aux fesses !

Parce qu’elle m’a poussée à me dépasser.

J’ai pu régler mes comptes, et faire la paix avec le passé.

Parce qu’elle m’a aussi permis d’arriver à ce nouveau métier que j’aime plus que tout :

Celui d’accompagner les candidats, vers un objectif,

Les aider à se redécouvrir le temps de cette VAE,

A valoriser toutes leurs actions,

A assumer leurs choix.

Parce qu’elle m’a permis, aujourd’hui, d’accompagner avec une empathie et une exigence que je n’aurais jamais pu inventer,

Si je n’étais pas, moi-même passée par ce dispositif exigeant.

Si vous êtes dans ce parcours, sachez une chose : vous n’êtes pas seul(e) !

Mais surtout, vous avez le droit d’exiger mieux.

Mieux en accompagnement.

Mieux en soutien.

Mieux en reconnaissance.

Vous allez passer environ un an avec votre accompagnateur VAE.

Autant que ce soit un bon moment, non ?

Je vous souhaite le meilleur pour votre démarche.

Tous mes voeux de réussite : et COURAGE !

Alexandra

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