Une question revient presque systématiquement, quand on rédige un livret 2 :
“Est-ce que je dois tout raconter ?”
Tout ce que vous avez fait, vécu, mis en place, traversé… parce que tout semble important.
Et surtout parce que tout témoigne, à vos yeux, de votre engagement, de votre compétence et de votre légitimité à obtenir ce diplôme.
C’est légitime.
C’est même humain.
Mais c’est aussi un piège courant.
Car un livret n’est pas un CV détaillé, ni un inventaire de carrière.
Ce n’est pas non plus un récit autobiographique.
C’est un dossier stratégique, qui doit démontrer — et non raconter — que vous maîtrisez les compétences visées par le diplôme retenu.
Et dans cette logique, choisir ce que vous racontez est aussi important que ce que vous décidez de laisser de côté.
Vous n’avez pas à tout dire.
Vous devez surtout bien choisir.
Dans cet article, je vous propose de faire le tri :
- Ce qu’il est pertinent d’inclure (et pourquoi),
- Ce qu’il vaut mieux éviter (même si ça vous tient à cœur),
- Et surtout, comment ce choix dit aussi quelque chose de votre posture professionnelle.
Raconter, oui… mais dans un cadre précis
Cap sur la tentation du “tout dire” !
Quand on commence à rédiger son livret 2, une chose étrange se produit : on se surprend à vouloir tout poser, tout retracer, tout justifier.
Chaque mission, chaque poste, chaque anecdote devient une preuve à apporter.
Comme si l’accumulation des expériences allait suffire à convaincre.
Comme si la quantité de vécu professionnel allait, à elle seule, faire valoir la compétence.
Et cela part souvent d’un sentiment profondément humain :
“J’ai travaillé dur, j’ai énormément donné, et je veux que ça se voie.”
Mais ce réflexe, bien que compréhensible, conduit souvent à un livret :
- trop long,
- trop flou,
- et finalement peu lisible pour le jury.
Le problème n’est pas que vous avez trop de choses à dire.
Le problème, c’est que vous n’êtes pas en train de raconter votre parcours.
Vous êtes en train de démontrer votre niveau de maîtrise des compétences visées.
Et ça, ce n’est pas pareil.
Cela appelle à un esprit de synthèse.
Ce que le jury attend vraiment
Un jury VAE n’attend pas une frise chronologique de votre carrière.
Il ne cherche pas à tout savoir de vous.
Il cherche à répondre à une seule question :
“Est-ce que cette personne est capable, aujourd’hui, d’exercer les fonctions correspondant au diplôme visé, avec autonomie, rigueur, et sens des responsabilités ?”
Et pour répondre à cette question, il a besoin :
- de situations professionnelles concrètes,
- ancrées dans les compétences du référentiel,
- et analysées avec recul (et pas seulement racontées).
Donc non, vous ne devez pas tout dire.
Vous devez sélectionner.
Hiérarchiser.
Orienter.
C’est ça, le cœur d’un dossier de VAE : la stratégie de démonstration.
Votre livret 2 n’est donc pas :
❌ Un CV détaillé
❌ Une autobiographie professionnelle
❌ Un journal de bord jour par jour
❌ Un “déversoir” d’expériences diverses
✅ C’est un dossier de preuves argumentées, appuyées sur des situations ciblées.
2. Ce qu’il vaut mieux laisser de côté (et pourquoi)
C’est souvent contre-intuitif, mais savoir ce qu’il ne faut pas raconter dans un dossier de VAE est tout aussi important que de savoir ce qu’il faut y mettre.
Beaucoup de candidats s’imaginent que plus ils montrent d’activités différentes, plus ils impressionneront le jury.
Pourtant, à force de vouloir trop en dire, on finit par noyer l’essentiel, ou par créer de la confusion dans l’esprit de l’évaluateur.
Voici donc les principaux éléments qu’il vaut mieux écarter, avec leurs raisons pédagogiques et stratégiques.
Des expériences trop anciennes ou dépassées
Même si vous êtes fier d’un poste occupé il y a 15 ans, si l’environnement professionnel a radicalement changé depuis (nouvelles normes, nouveaux outils, nouvelles responsabilités), alors :
- l’activité ne reflète plus votre niveau actuel,
- et ne correspond plus aux attendus du diplôme.
Je ne vous évoque même pas ici la difficulté à documenter cette expérience passée…
👉 Gardez-le peut-être en arrière-plan, dans la présentation de votre parcours dans la partie introductive de votre écrit, mais ne construisez pas une fiche d’activité dessus.
Des expériences qui ne relèvent pas du périmètre du diplôme visé
Vous avez mille compétences.
C’est une richesse.
Mais le jury ne valide qu’un diplôme précis, avec un référentiel bien défini.
👉 Si vous présentez une activité brillante, mais qui n’est pas en lien direct avec ce référentiel, cela peut laisser penser que vous n’avez pas su cibler votre dossier.
C’est frustrant, mais c’est une erreur courante.
Ex. : parler d’un projet d’animation culturelle dans un livret visant un diplôme de gestion (type BTS CG).
Des missions observées, non réalisées
Le livret 2 n’a pas vocation à décrire ce que vous avez vu faire, mais ce que vous avez réellement fait vous-même.
Même si vous avez beaucoup appris en observant, ce n’est pas recevable pour prouver une compétence exercée en autonomie.
👉 Si vous étiez en observation, en binôme, ou dans un rôle passif, n’en faites pas une fiche d’activité (ex : un stage suivi).
Des détails trop techniques ou anecdotiques
Lister toutes les étapes d’un logiciel métier sans expliquer les choix que vous avez faits n’a aucune valeur démonstrative.
Parler en détail d’un conflit avec un collègue sans recul ou analyse, ça n’apporte rien sur votre posture pro.
Détailler tous les petits ajustements du quotidien peut donner une impression de micro-gestion, sans hauteur de vue.
👉 Demandez-vous toujours : “Ce détail apporte-t-il une information sur ma compétence ? Ou est-ce juste du remplissage ?”
Des éléments trop personnels ou émotionnels
Le livret 2 n’est pas le lieu pour :
- raconter une expérience douloureuse non mise en perspective,
- évoquer un mal-être professionnel ou des conflits non résolus,
- livrer des aspects de votre vie privée sans lien clair avec l’activité.
👉 Si l’émotion prend le dessus sur l’analyse, le jury peut penser que vous manquez de distance professionnelle.
On ne retiendra donc pas pour le livret 2 :
❌ Une activité bénévole sans lien avec le diplôme visé
❌ Une expérience de stage trop courte, qui vous place naturellement en situation d’observation
❌ Une mission vue, mais non dirigée par vous
❌ Un projet partiellement mené, sans autonomie décisionnelle
❌Des critiques sur votre hiérarchie ou vos collègues
3. Ce qu’il faut absolument garder (et développer)
Maintenant que vous savez ce qu’il vaut mieux laisser de côté, entrons dans le cœur stratégique de votre livret : les situations à retenir, à développer, à mettre en lumière.
Ce sont elles qui vont parler pour vous.
Ce sont elles qui vont démontrer — et non simplement illustrer — que vous maîtrisez les compétences attendues par le diplôme.
Des situations en lien direct avec les compétences du référentiel
C’est la première règle d’or :
Chaque activité que vous développez doit correspondre à une ou plusieurs compétences du diplôme visé.
Le jury ne s’intéresse pas à votre polyvalence en soi, mais à votre capacité à exercer les fonctions cibles du diplôme.
👉 Si une situation vous permet de dire :
“Dans cette mission, j’ai su mobiliser la compétence X du référentiel, de manière autonome et répétée”,
alors elle mérite d’être développée et analysée.
Des situations dans lesquelles vous avez agi en autonomie
Un jury ne valide pas une capacité à « suivre », à « exécuter », à « observer ».
Il valide une capacité à :
- prendre des décisions,
- organiser, planifier, arbitrer,
- assumer des responsabilités concrètes.
👉 Choisissez donc des exemples dans lesquels vous avez eu une réelle marge de manœuvre démontrable.
Ex. : organiser seule un planning d’équipe, coordonner un prestataire, gérer un imprévu logistique ou humain.
Des exemples porteurs de sens (et de posture)
Une activité intéressante n’est pas forcément une activité spectaculaire.
Ce qui compte, c’est ce qu’elle dit de vous :
- votre rigueur,
- votre capacité d’adaptation,
- votre éthique professionnelle,
- votre recul sur les décisions prises.
👉 Mieux vaut une situation modeste mais bien analysée, qu’un projet impressionnant raconté de manière descriptive.
Des situations récentes
Privilégiez des activités réalisées dans les 3 à 5 dernières années (sauf si vous avez changé radicalement de carrière), car :
- elles correspondent souvent à votre niveau actuel,
- elles reflètent les exigences contemporaines du métier,
- elles sont plus faciles à analyser avec du recul.
Et elles seront bien plus facile à documenter !
🎯 Les 3 questions à se poser avant d’écrire une activité
Est-ce que cette situation correspond à une compétence du diplôme visé ?
Est-ce que j’ai agi en autonomie ou en responsabilité dans cette mission ?
Est-ce que je peux en parler avec recul et justifier mes choix ?
4. Faire des choix, c’est aussi une posture professionnelle.
L’une des grandes erreurs en VAE, c’est de croire que le jury attend un dossier complet.
En réalité, il attend un dossier pertinent.
Et cela suppose une capacité essentielle : savoir faire des choix.
Rédiger un livret, ce n’est pas tout raconter : c’est structurer
Raconter tout ce que vous avez fait, c’est facile.
Mais sélectionner ce qui est le plus révélateur de vos compétences, c’est un acte professionnel à part entière.
Cela montre que vous êtes capable :
- de prioriser l’essentiel,
- d’analyser votre propre parcours,
- de distinguer ce qui est démonstratif de ce qui est contextuel ou accessoire.
👉 En clair, faire des choix, c’est déjà démontrer une capacité à décider et arbitrer.
Le jury évalue aussi votre capacité à vous positionner
Un bon livret ne se contente pas d’aligner des tâches.
Il révèle une posture :
- un professionnel qui comprend ce qu’il fait,
- qui sait expliquer pourquoi il agit ainsi,
- et qui peut justifier ses décisions face à un tiers.
👉 C’est ce regard-là que le jury cherche.
Pas juste un bon exécutant, mais un professionnel capable de recul, de responsabilité et de cohérence.
Moins, mais mieux : une stratégie gagnante
Beaucoup de candidats pensent qu’il faut “remplir” le livret, quitte à multiplier les situations.
Mais en réalité :
4 activités solides, bien analysées et bien rédigées, auront beaucoup plus de poids que 8 activités superficielles,
Un jury préfère une démonstration maîtrisée à un catalogue désordonné.
Et si vous hésitez encore à “écarter” une partie de votre parcours, dites-vous ceci :
On ne vous demande pas d’être complet.
On vous demande d’être convaincant.
Conclusion : Choisir c’est avant tout valoriser.
Vous n’avez pas à tout dire dans un dossier de VAE.
Et ce n’est pas une question de place, ou de pudeur, ou de “retenue” — c’est une question de pertinence stratégique.
Un bon livret n’est pas un inventaire détaillé.
C’est une sélection maîtrisée de situations professionnelles, dans lesquelles vous montrez que vous savez ce que vous faites, pourquoi vous le faites, et comment cela s’inscrit dans les compétences du diplôme visé.
Choisir, c’est penser.
C’est analyser.
Et c’est déjà démontrer un haut niveau de professionnalisme.
Alors ne cherchez pas à tout dire.
Cherchez à dire ce qui compte.
Tous mes voeux de succès.
Alexandra
Accompagnatrice VAE Certifiée
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