Aujourd’hui, je vous propose de rencontrer Marina, Educatrice Spécialisée.
Elle a eu recours à la Validation des Acquis Issus de l’Expérience (VAE) pour valider le DEES (Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé).
Avec sincérité, Marina répond à toutes mes questions sur la VAE, sur sa démarche personnelle mais également sur l’évolution de son domaine d’activités, notamment sur le travail d’Educateur Spécialisé au quotidien dans un IMP.
Voici son témoignage sur ce dispositif, ses conseils, et son regard aujourd’hui sur le domaine social et médico-social.
Marina, peux-tu nous présenter ton parcours ?
C’est un parcours plutôt atypique : je me suis pas mal cherchée durant mes études.
J’ai validé un BAC PRO Comptabilité : rien à voir avec le domaine social.
Puis, j’ai ensuite fait une année de prépa « Travailleurs Sociaux », puis deux années de fac de Psychologie.
J’ai enfin fini par me présenter au concours d’entrée du diplôme de Moniteur Educateur.
Admise en 2011 à l’IRTS de Caen, j’ai obtenu mon diplôme en 2013.
J’ai trouvé tout de suite un emploi dans un IMP, pour des remplacements en CDD. Un poste s’est libéré ensuite en CDI.
Cela fait maintenant 7 ans que j’y exerce.
Dans quel type de structure exerces-tu ?
Je suis dans le champ du handicap. Je travaille au sein d’un Institut Médico Pédagogique (IMP) qui accueille des enfants de 6 à 16 ans, présentant une déficience intellectuelle avec ou sans troubles du comportement.
Au maximum, nous disposons d’un agrément pour accueillir 40 enfants dont 16 en internat.
Nous sommes une équipe de 12 éducateurs spécialisés et 2 monitrices éducatrices.
Pourquoi as-tu décidé d’entreprendre une VAE pour le diplôme d’Educateur Spécialisé ?
Quand j’ai été embauchée en tant que Monitrice Educatrice, j’étais en réalité déjà sur un poste d’Educateur Spécialisé, avec tout ce que cela représente en termes de missions, de responsabilités, de construction de projets et de prises en charge.
J’ai voulu faire reconnaître mes compétences développées au quotidien durant mes six années et évidemment obtenir une revalorisation salariale.
J’ai toutefois patienté pour avoir un maximum d’expériences en particulier pour développer les compétences attendues sur le partenariat, le travail en réseau…
Je trouve qu’un an d’expériences est trop juste pour valider ces quatre domaines de compétences.
Combien de temps a duré l’ensemble de ta démarche ?
Entre la réunion d’informations avec le DAVA pour présenter le dispositif de VAE, la rédaction du livret 1 puis du livret 2, j’ai mis environ un an.
En sachant que le livret 2 m’a pris quatre mois à lui seul.
Quelles ont été tes difficultés ?
Il y en a eu beaucoup.
Les démarches administratives pour obtenir un accompagnement étaient vraiment chaotiques, et m’ont fait perdre du temps.
Une fois que cette partie était lancée et que le financement était accepté, ce fut plus fluide.
J’ai également rencontré des difficultés dans la rédaction du livret 2 : parler de son expérience, écrire sur son travail lorsqu’on est dans l’action, le fait de détailler ce qu’on fait… Ce n’est franchement pas un exercice très simple.
Je ne développais pas assez mon travail dans les situations présentées, pensant que ce serait suffisant pour que le jury de professionnels comprenne mon quotidien et puisse évaluer mes compétences.
L’accompagnement est là pour nous pousser dans nos retranchements, nous questionner sur nos pratiques professionnelles, et comprendre toutes les étapes pour arriver aux résultats présentés.

Par ailleurs, compartimenter nos missions et les mettre en parallèle des domaines de compétences attendus n’est pas un exercice facile.
J’ai également eu quelques craintes lorsque j’ai préparé l’entretien avec le jury : j’avais peur que les membres du jury me piègent en particulier sur des définitions, sur ma manière de m’exprimer ou sur ma façon de travailler.
Au final, il y avait deux personnes présentes lors de cet entretien : deux éducateurs, un professionnel intervenant dans le champ du handicap et une éducatrice libérale.
Ils ont été très professionnels, me questionnant exclusivement sur mon livret 2 et les expériences développées.
Ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’ils avaient vraiment pris le temps de lire mon dossier de VAE et préparé leurs questions. C’était un échange entre professionnels, un partage et parfois un échange sur les pratiques professionnelles de chacun. En aucun cas, je ne me suis sentie jugée sur mon travail.
Combien de temps consacrais-tu à la rédaction du livret 2 par semaine ?
Beaucoup de temps. Entre 10 et 20 heures par semaine.
Ma semaine de travail en IMP est concentrée sur quatre jours.
Le reste de mon temps disponible (mardi et week-end) était consacré à l’écriture, la lecture et la recherche, ainsi que les points avec mon accompagnatrice.
As-tu validé tous les domaines de compétences du DEES dès le premier passage devant le jury ?
Oui.
En tant que Monitrice Educatrice, je disposais d’une dispense sur le DC 1.
Cette dispense n’existe plus dans le DEES nouvellement réformé et c’est bien dommage pour les ME.
Le reste des DC a été validé dès le premier passage.
Selon toi, quel domaine de compétences était le plus difficile à développer et illustrer par l’expérience, et pourquoi ?
C’est difficile de répondre à cette question, car tout est lié et fait en fonction de la prise en charge et du projet de l’enfant, qui est construit d’ailleurs en transversalité avec l’équipe pluridisciplinaire. .
Tout cela illustre mon travail au quotidien et tout a été mis en place avec des objectifs bien précis.
Une fois l’expérience sélectionnée, je n’avais plus qu’à développer de façon thématique pour coller aux DC.
Le travail de sélection d’expériences en amont est très important est doit être mûrement réfléchi.
Quels conseils donnerais-tu à un candidat à la VAE qui souhaiterait valider le DEES « nouvelle réforme » ?
Quand on entame une démarche de VAE, il faut être prêt à travailler, à se dégager du temps.
C’est un véritable engagement et un investissement considérable.
Parfois, c’est décourageant car on ne sait plus quoi dire, quoi écrire.
Il faut rester motivé, focus, se faire relire, solliciter les avis externes.
L’accompagnement joue un rôle important : c’est un fil conducteur qui permet de prendre du recul sur l’expérience et analyser sa pratique professionnelle. C’est ce qui est attendu dans la VAE.
Au niveau de l’écriture de l’expérience, cela aide également considérablement : savoir ce qu’on doit développer davantage ou non. Nous sommes poussés à développer la situation, parfois à la recadrer, afin de rendre notre écrit compréhensible et suffisamment détaillé pour une personne externe.
Si c’était à refaire, recommencerais-tu une démarche de VAE pour devenir éducateur spécialisé ?
Oui, sans hésiter.
C’est tellement enrichissant.
Lorsqu’on travaille, on a peu de recul sur la profession et sur notre fonctionnement.
Le fait de développer son expérience, d’aller se questionner, effectuer des recherches, est extrêmement enrichissant.
Comment vois-tu le poste d’Educatrice Spécialisé aujourd’hui ?
Le poste d’Educateur a bien évolué depuis plusieurs années. Cependant, je pense que la profession était plus facile à exercer avant que maintenant.
Je m’explique et donne mon avis concernant mon expérience.
On a des listes d’attentes énormes et en face il y a de moins en moins d’établissements spécialisés.
Pour pouvoir avoir une place à l’IMP, il faut attendre deux ans, parfois trois.
Les enfants acceptés dans l’établissement arrivent avec un handicap de plus en plus lourd.
Nous faisons face à des troubles du comportement sévères qui relèveraient parfois de la psychiatrie. Et nous ne sommes pas armés face à cela.
Et puis, nous manquons de tous : moyens financiers, humains, matériels…
Surtout humain. Cela joue sur la qualité de notre travail.
La prise en charge individuelle est aujourd’hui quasiment impossible.
Nous devons inclure dans des groupes des enfants avec un lourd handicap qui ne sont pas en capacité de le supporter.
En France, il y a très peu de services psychiatriques pour les enfants.
Les IMP pallient donc à ce manque en les accueillant, sans y être nécessairement formés.
A cela s’ajoute la montée de la violence dans nos structures.
Un autre exemple me vient à l’esprit : nous gérons aussi des enfants autistes.
lls devraient bénéficier d’un suivi spécifique, d’un cadre calme pour que nous puissions avoir des moments individuels avec eux, sur un temps imparti pour les aider dans leur développement et seulement ensuite les intégrer progressivement dans un groupe adapté, sur un temps bien défini.
Aujourd’hui, ces moments individuels ne sont pas possibles.
On fait au mieux, en sachant qu’on manque de tout.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans ton domaine d’activités ?
Si on n’est pas psychologiquement et physiquement solide, on peut vite être « dégoûtés » de la profession.
Nous ne sommes pas aidés par les mesures politiques, les institutions.
On se sent seul et livré à nous-même face à toute cette bureaucratie.
Ils pensent budget, argent, dépenses, rentabilité, efficacité là où nous sommes mobilisés sur l’humain, le soutien et l’aide à apporter aux familles au quotidien.
Les deux peuvent être compatibles à condition d’être à l’écoute de ce qui se passe sur le terrain.
Comment qualifies-tu la relation avec les familles en tant qu’Educatrice Spécialisé ?
On implique de plus en plus les familles, notamment dans le projet de l’enfant.
Les familles sont au cœur du dispositif, au même titre que l’enfant accompagné. Nous sommes sur une relation de confiance. Le référent de l’enfant a un lien privilégié avec la famille.
Néanmoins, nous avons aussi des parents qui ne nous font pas confiance et où la communication est un peu plus difficile.
On entre dans la vie des gens, certaines familles précaires ne le supportent pas et vivent ça comme une intrusion.
Face à cela, nous essayons d’avancer étape par étape, en communiquant, en étant pédagogue, pour le bien de l’enfant.
Quelle est ta plus belle réussite en tant qu’Educatrice Spécialisée ?
Les enfants arrivent chez nous à partir de 6 ans et repartent vers l’âge de 16 ans.
Nous nous réjouissons quand l’enfant orienté a bien évolué surtout au niveau de l’autonomie et quand en plus de cela, il en est reconnaissant.
Nous faisons toujours un pot de départ et beaucoup d’enfants qui ont quitté notre établissement nous remercient : je suis fière d’avoir contribué à leur croissance et leur orientation. C’est là que je vois que mon métier à un réel impact.
Et ta plus grosse déception ?
Des enfants pour lesquels on n’a pas trouvé des établissements post-IME après 16 ans.
Dans ce cas, grâce à un amendement, nous prolongeons leur prise en charge jusqu’à leurs 18 ans. Après cet âge, la direction prend la décision d’arrêter le suivi à l’IMP.
J’ai en mémoire un adolescent de 18 ans arrivé chez nous à l’âge de 12 ans, qui est retourné dans sa famille d’accueil, sans rien. Son handicap était trop compliqué à gérer pour les autres institutions.
Pour un autre adolescent, nous avions pourtant trouvé un contrat en apprentissage et une école, mais la famille, qui a refusé tout suivi extérieur, a mis en échec le projet de l’enfant. Il est maintenant sans rien, livré à lui-même.
Je considère cela comme un échec.
Les diplômes du domaine social ont été réformés pour atteindre le grade de BAC +3. Quel est ton avis sur cette revalorisation ?
Je trouve cela très bien, bien qu’un peu tardif.
Cette revalorisation devrait englober tous les travailleurs sociaux, et pas seulement les nouveaux diplômés. Nous exerçons les mêmes fonctions que les nouveaux diplômés.
Tu occupes aujourd’hui le poste d’Educatrice Spécialisée, quel souhait d’évolution as-tu pour les prochaines années ?
Je ne suis pas encore fixée.
A long terme, je souhaite obtenir le CAFERUIS.
Je souhaite travailler de nouveau dans la protection de l’enfance plus particulièrement à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). C’est un travail différent, on travaille principalement avec des enfants placés, en cours de placement, en faisant des suivis avec les établissements spécialisés, les professionnels, les familles.
Le lien entre la famille, le juge, et les établissements spécialisés m’intéressent fortement.
Derniers conseils sur la VAE d’Educateur Spécialisé
Merci à Marina pour cet échange sincère, transparent et authentique.
Et vous, quand démarrez-vous votre démarche de VAE ?
N’hésitez pas à parcourir les ressources supplémentaires ci-dessous, en accès libre, pour vous aider à obtenir le diplôme d’éducateur spécialisé par VAE. Elles vous guideront notamment sur :
- la démarche générale de VAE d’Educateur Spécialisé et ce que vous devez savoir avant de démarrer
- comment rédiger le livret 2 une fois votre avis de recevabilité obtenu
- et préparer votre oral avec le jury pour valider le DEES une fois le livret 2 rédigé et envoyé
Belle démarche à tous !
Alexandra
1 – Guide complet pour devenir Educateur Spécialisé par VAE