La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) est souvent présentée comme une voie « alternative » au diplôme, parfois même comme une solution plus simple ou plus rapide qu’un parcours de formation classique.

C’est faux : TOTALEMENT FAUX !

S’il y’a bien une chose à retenir, c’est que la VAE n’est pas une solution simple, et encore moins une solution rapide.

Et si vous avez parfois l’impression d’avancer à contre-sens, ce n’est pas un problème de méthode… ni de compétences.

La VAE fonctionne à l’envers.

Dans les faits, la VAE repose sur une logique profondément différente.

Et c’est précisément cette différence qui la rend, pour beaucoup de candidats, déroutante, inconfortable, voire déstabilisante, malgré une expérience professionnelle solide.

La difficulté rencontrée en VAE n’est pas le signe d’un manque de compétences.

Elle est la conséquence directe de la structure même du dispositif.

Vous partez de votre expérience, de ce que vous faites déjà au quotidien, et l’on vous demande de la traduire, de l’analyser, de la formaliser, pour qu’elle soit évaluée par un jury.

Un exercice exigeant, souvent déstabilisant, qui donne l’impression de remonter un toboggan, plutôt que de le descendre tranquillement.

C’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans cet article.

Faire une VAE, ce n’est pas suivre un parcours logique, fluide et rassurant.

Si c’est ce que vous recherchez, fuyez.


Dans un parcours de formation classique, la progression est généralement linéaire et descendante.

Vous allez acquérir des savoirs théoriques, les mettre progressivement en pratique, puis faire l’objet d’une évaluation finale destinée à vérifier l’assimilation de ces apprentissages.

Le cadre est posé en amont, les attendus sont clairement formulés et le chemin à parcourir est balisé.

Chacun avance selon une logique connue, structurée et rassurante.

En VAE, le mouvement est strictement inverse.

Vous partez de votre expérience professionnelle, de ce que vous faites déjà au quotidien, parfois depuis de nombreuses années.

Cette expérience est riche, dense, incarnée… mais elle n’a pas été construite pour être évaluée.

La démarche vous demande alors de remonter vers :

  • des compétences formalisées,
  • un référentiel de certification,
  • une lecture institutionnelle et évaluative de votre pratique.

Autrement dit, il ne s’agit plus d’appliquer des connaissances apprises, mais de traduire une réalité vécue, souvent intuitive et implicite, en un langage normé, structuré et attendu par un jury.

Ce travail de traduction est exigeant.

Il suppose de mettre à distance ce que vous faites parfois sans même y penser, d’expliciter des choix professionnels devenus évidents avec le temps, et de donner à voir des compétences là où vous ne perceviez jusque-là que des actions ordinaires.

C’est précisément pour cela que la VAE peut donner le sentiment de « remonter un toboggan » :

la démarche est possible, mais elle demande un effort constant, une posture inhabituelle, et une capacité d’analyse rarement sollicitée dans le quotidien professionnel.

Cette sensation d’inconfort n’est ni un échec, ni un manque de légitimité.

Elle est la conséquence directe d’une démarche construite à contre-courant des parcours classiques.

Pour les autodidactes, les parcours atypiques…


Face à cette logique inversée, de nombreux candidats se questionnent sur leur légitimité.

Ils doutent de leurs compétences, de leur capacité à « bien faire », voire de la pertinence même de leur démarche.

Pourtant, dans la grande majorité des cas, la difficulté rencontrée ne tient pas au niveau professionnel du candidat.

Elle tient au travail demandé.

La VAE ne sollicite pas uniquement votre capacité à agir dans un cadre professionnel.

Elle vous demande de porter un regard analytique sur votre propre pratique, un exercice rarement exigé dans le quotidien du travail.

Les principaux points de blocage se situent généralement dans :

  • l’analyse de situations, vécues souvent de manière automatique et inconsciente,
  • la mise à distance de gestes professionnels devenus routiniers,
  • la formalisation de raisonnements implicites,
  • la traduction de votre expérience en un langage conforme aux attendus du jury

Ce décalage crée fréquemment un sentiment d’inconfort.

Les candidats ont l’impression d’avoir compris les attendus, puis de les perdre en cours de rédaction.

Avant de les comprendre de nouveau… puis de les perdre de vue une nouvelle fois, et ainsi de suite…

Ils peuvent se sentir hors sujet sans parvenir à identifier précisément ce qui pose problème.

Ce malaise est souvent accompagné de doutes persistants, d’une crainte de « mal répondre »,

d’une peur de ne pas être à la hauteur, malgré une expertise terrain solide.

Il est important de le rappeler :

Ce ressenti n’est ni anormal, ni révélateur d’un manque de compétences.

Il est inhérent à la démarche VAE.

La VAE demande de ralentir, de déconstruire ce qui est acquis, et de rendre explicite ce qui, jusqu’alors, allait de soi.

Ce travail est exigeant, car il bouscule la posture habituelle du professionnel, davantage tourné vers l’action que vers l’analyse.

Comprendre que cette difficulté fait partie intégrante du processus permet souvent de reprendre confiance.

Non pas en cherchant à « faire plus », mais en apprenant à faire autrement.

Doucement, un pas après l’autre.


Contrairement à une idée encore très répandue, la VAE n’évalue pas uniquement ce que vous avez fait au cours de votre parcours professionnel.

Elle n’est pas une simple vérification de votre expérience, ni une validation automatique liée à votre ancienneté.

La VAE évalue avant tout votre capacité à rendre votre expérience lisible, compréhensible et évaluable.

Concrètement, le jury cherche à apprécier votre aptitude à :

  • comprendre votre rôle professionnel et votre positionnement,
  • expliciter vos choix, vos décisions et vos responsabilités,
  • analyser vos actions avec recul,
  • démontrer des compétences maîtrisées, transférables et contextualisées.

Il ne s’agit donc pas de raconter votre parcours de manière chronologique ou exhaustive.

Il s’agit de montrer comment vous mobilisez vos compétences dans des situations professionnelles précises, en lien direct avec le référentiel de certification.

Autrement dit, l’expérience seule ne suffit pas.

Elle doit être pensée, analysée et formalisée.

C’est souvent là que se situe le véritable enjeu de la démarche :

passer d’un récit descriptif à une démonstration structurée de compétences.


Comprendre cette logique d’évaluation transforme profondément votre posture.

À partir de ce moment, l’objectif n’est plus de « tout dire » ou de « bien raconter », mais de faire des choix, de retenir un échantillon d’actions, suffisamment solide et représentatif de votre expertise.

Cette prise de recul permet de redonner du sens à la démarche.

La VAE devient moins floue, moins anxiogène, et surtout plus stratégique.

Il est alors plus facile d’accepter que le chemin ne soit pas linéaire.

Il est normal de glisser de temps à autre durant cette montée, de douter, de revenir en arrière ou de réajuster son propos.

C’est précisément à ce stade qu’un accompagnement structuré prend aussi parfois tout son sens :

Non pas pour faire à votre place, mais pour vous aider à vous positionner, à garder le cap, et à éviter de glisser inutilement.

Là où vous ne connaissez pas le chemin à parcourir, une autre personne est en capacité de vous guider, car elle « connait la route ».

Remonter un toboggan demande de l’effort.

Mais avec une lecture claire des attendus et une stratégie pensée dès le démarrage, la montée devient possible… et maîtrisée.

J’espère que vous y voyez un peu plus clair désormais.

Tous mes vœux de réussite.

Alexandra

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